COP des peuples : un mouvement mondial contre les grands barrages

Organisée à Belém, la rencontre biennale des personnes affectées par les grands barrages a célébré sa structuration à l’échelle mondiale. L’objectif : affronter les nouveaux défis d’une transition énergétique qui, bien souvent, ne fait pas plus cas des populations qu’auparavant.

Patrick Piro  • 17 novembre 2025 abonné·es
COP des peuples : un mouvement mondial contre les grands barrages
Des militants brandissent une immense banderole « Notre avenir n'est pas à vendre » lors de la « Grande Marche populaire » organisée en marge de la COP30, la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Belém, dans l'État du Pará, au Brésil, le 15 novembre 2025.
© IVAN PISARENKO / AFP

Véronique Mwezo Tsimba s'est arrêtée de parler. « Parce que je sens la rage monter en moi… » Ce 10 novembre, on travaille en petits groupes, lors de la 4ᵉ rencontre internationale des communautés affectées par les barrages et la crise climatique. Dans le gymnase du collège Cesep de Belém, une quarantaine de participant·es – paysan·nes, communautés autochtones, pêcheuses et pêcheurs, universitaires, etc. – partagent leurs succès contre des projets de centrales hydroélectriques qui lèsent les populations locales et la nature. Des succès bien souvent partiels et fragiles, car les puissants intérêts qu'affrontent les populations locales désarment rarement.

Véronique Mwezo Tsimba est une petite commerçante de poissons de la localité d'Inga, en République démocratique du Congo (RDC). Le site, sur le cours inférieur du fleuve Congo, fait briller les yeux des investisseurs, des politiques nationaux et des industriels étrangers : il pourrait en théorie délivrer le potentiel monstrueux de 43 gigawatts d'hydroélectricité, l'équivalent de 26 EPR de Flamanville, une sorte de centrale énergétique continentale que certains voient alimenter jusque l'Afrique du Sud et la Guinée.

40 000 personnes délocalisées

Deux premiers barrages, Inga 1 et Inga 2, produisent de l'électricité depuis 1972 et 1982 respectivement. « Les communautés locales ont été déplacées, sans jamais avoir été consultées ni même indemnisées correctement », témoigne Véronique Mwezo Tsimba. « Les lignes haute tension passent au-dessus de leurs têtes et elles n'ont même pas l'électricité. Nous sommes encerclés par le fleuve, mais nous n'avons pas accès à l'eau, le site est devenu une zone stratégique très surveillée. »

Un jour de 2015, elle apprend de la bouche d'une coalition d'ONG qu'il se trame à Kinshasa le projet de construction d'un troisième barrage hydroélectrique, Inga 3. Près de 40 000 personnes seraient délocalisées. « Ma colère ? C'est parce que ça risque bien d'être la même chose : on ne nous dit rien, on va devoir partir on ne sait où, et les promesses d'indemnisation ne seront

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