Pénicaud et Bayrou lissent la presse

Le nouveau président de la République est soucieux de la liberté de la presse… tant qu'elle ne nuit pas à la communication gouvernementale.

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« La presse doit faire son travail de questionnement, de révélation de la vérité. » Ah ! Ce qu’il est cool, ce nouveau président de la République ! On va chercher des noises à son ami Richard Ferrand, et voilà ce qu’il affirme, sans l’once d’une irritation. Souvenons-nous aussi comment, durant la campagne, alors que les Fillon et Le Pen faisaient huer les journalistes, voire les expulsaient de leurs meetings par sbires interposés, Emmanuel Macron rendait hommage à la liberté de la presse. Telle est l’étoffe d’un vrai démocrate : soucieux du quatrième pouvoir et de la préservation de ses prérogatives… tant que celles-ci ne nuisent pas à la communication gouvernementale. Il faut dire qu’en la matière certains dépassent les bornes.

Considérons les faits : mardi 6 juin, Édouard Philippe et la ministre du travail, Muriel Pénicaud, se fendent d’une conférence de presse en guise de contre-feu aux révélations du Parisien. Relaxez-vous, chers amis salariés, vous ne serez pas mangés par notre excellente réforme du code du travail pour la bonne raison qu’elle fera plaisir à tout le monde ! Or, dès le lendemain matin, patatras ! Libération remet le couvert et fait paraître des documents issus du ministère concerné qui ne trompent pas sur les intentions ultralibérales du gouvernement. Non mais, Libération, c’est quoi ces méthodes, au lieu de dire bonjour Madame, est-ce que je peux vous emprunter ceci et vous le rendre aussitôt après publication ? Résultat : le quotidien et ses sources se retrouvent dans le collimateur de la ministre, très fâchée, qui dépose plainte pour « vol de document et recel ».

La liberté de la presse est une question de politesse. Le garde des Sceaux, François Bayrou, n’aurait pas dit autre chose quand il a appelé la cellule investigation de Radio France, qui enquête sur d’éventuels emplois fictifs au MoDem. « Restez gentils avec les salariés de mon parti que vous interrogez. Vous les poussez à bout ! C’est du harcèlement ! » Nulle pression, nulle menace, bien sûr, puisque c’est « le citoyen », et non le ministre de la Justice, qui a parlé. Ce dernier, de son côté, présente sa loi « pour la confiance dans notre vie démocratique ». Les journalistes devront-ils lui demander pardon avant d’écrire qu’il n’est plus crédible ?


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