Mélenchon au Premier ministre : « Méfiez-vous des petits riens ! »

Après le discours d’Édouard Philippe, la gauche a dénoncé un « coup de force » et des « ambiguïtés ».

Pauline Graulle  • 4 juillet 2017
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Mélenchon au Premier ministre : « Méfiez-vous des petits riens ! »
© Photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Le discours de politique générale du Premier ministre a eu au moins un mérite : unifier, au moins pour un temps, l’opposition de gauche. Après l’intervention d’Édouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon a retrouvé sa verve de la campagne présidentielle pour son premier discours dans l’hémicycle. Dix minutes de temps de parole autorisées (Les Républicains avaient droit au double), cela n’a pas empêché le député de Marseille de faire mouche – bien au contraire : « Je n’ai que dix minutes de commentaires. Je n’ai pas de temps pour vous faire des compliments », a-t-il ironisé en introduction.

Le président du groupe de la France insoumise a ensuite mis en garde pouvoir. Il faut « une alternative au monde que vous représentez, car le sol se dérobera bien vite sous vos pieds ». Et puis : « Agir comme vous le faites, c’est tirer un feu d’artifice dans une poudrière ». Accusant le recours aux ordonnances – « huit jours pour abolir le résultat de cent ans de lutte et de compromis social » –, Jean-Luc Mélenchon a qualifié la méthode Philippe et Macron de « coup de force permanent » pour imposer « les recettes libérales ». Habile, il a ensuite tracé une ligne invisible entre le « rien » écrit par Louis XVI dans son journal le 14 juillet 1789, et « les gens qui ne sont rien » évoqués par Emmanuel Macron lors d’une récente sortie. « Méfiez-vous des petits riens », a-t-il lancé à Édouard Philippe, le chargeant de transmettre au chef de l’État le message suivant :

Les “riens” lui disent : nous ne sommes peut-être rien à vos yeux, mais demain, nous serons tout.

Le communiste Sébastien Jumel (groupe Gauche démocrate et républicaine) a enchaîné à la tribune : « Voici venue l’année du sang et des larmes », a-t-il dit, qualifiant la politique d’Édouard Philippe de « projet néolibéral éloigné du peuple ». « Liquider le droit du travail par ordonnances est une folie », a-t-il poursuivi. Le député, qui veut « donner à voir dans cette enceinte le pays réel », s’est dit « inquiet de la décision d’assassiner la commune ou le département ». Et d’ajouter :

Vous avez décidé de câliner la finance. […] Bientôt vous comprendrez que le libéralisme ne résout rien […]. Vous voulez libérer les entreprises, nous voulons libérer les hommes.

Un peu plus tôt, même le socialiste Olivier Faure (groupe Nouvelle Gauche) s’était adonné à un discours somme toute assez combatif : « La République en marche se veut ambidextre, elle a surtout été ambiguë », lançait-il en guise de « punchline », annonçant que son groupe allait s’abstenir pour s’assurer deux libertés : « Celle de vous approuver et celle de vous combattre. »

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