Les oubliés de la République et la cuillère d’argent

Lundi 8 décembre, les candidats à la mairie de Paris ont été auditionnés par des personnes précaires. Croyant dur comme fer à la méritocratie, David Alphand, co-directeur avec Rachida Dati du groupe Changer Paris, a pris plusieurs cartons rouges.

Pauline Migevant  • 17 décembre 2025 abonné·es
Les oubliés de la République et la cuillère d’argent
L’audition des candidats à la mairie de Paris organisée le 8 décembre par Petit Bain. Ici avec Ian Brossat, sénateur communiste de Paris.
© Maxime Sirvins

David Alphand, co-directeur avec Rachida Dati du groupe Changer Paris, a commencé par sa biographie : un enfant de la province élevé par un père instituteur, « pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche ». Mais « élu aujourd’hui dans le 16e arrondissement » comme conseiller municipal. Juste avant, il a lâché ne jamais avoir été aussi intimidé que ce soir, lui qui a « rencontré trois présidents de la République sans aucune appréhension ».

Ce 8 décembre, c’est « la grande audition » des candidats à la mairie de Paris, organisée par le collectif Les Oubliés de la République et l'antenne parisienne d'ATD Quart Monde, et dont Politis était partenaire. Les personnes qui posent des questions sont des précaires. Face à David Alphand, Jean-Michel Malouet, usager de drogues passé par la Ddass ; Thierry, qui a vécu à la rue avec sa famille après le rejet de sa demande d’asile ; et Anniela Lamnaouar, ancienne enfant placée.

Il y a une précarité et un déterminisme qu’il faut reconnaître.

A. Lamnaouar

Cette dernière le regarde droit dans les yeux : « Je suis née sans aucune cuillère dans la bouche, pour tout vous dire. » Elle fait partie du 1 % d’enfants passés par l’Aide sociale à l’enfance qui ont eu accès aux grandes écoles. « Il y a une précarité et un déterminisme qu’il faut reconnaître. Ça me fait un peu mal d’entendre une sorte de comparaison, si je puis me permettre », lance l’étudiante à l’élu. Beaucoup des personnes présentes ce soir-là et proches du collectif Les Oubliés de la République ont des galères qui remontent à loin.

Pour répondre à Anniela, David Alphand tente la carte « mérite », sans percevoir la forme de malaise qui s’installe dans le public, chacun s’agitant sur sa chaise. « Rachida [Dati] est une source d’inspiration. Ça veut dire que c’est possible, qu’on peut y arriver, que ce n’est pas parce qu’on s’appelle Rachida qu’on ne va pas pouvoir atteindre des postes à responsabilités », avance celui qui souligne « que l’égalité des chances est au cœur de nos réflexions ». Ce « quand on veut on peut » passe mal dans la salle.

L’engrenage de la galère

Pendant quatre heures, treize personnes ont interrogé tour à tour les candidats, exposant leur parcours. Les questions portent essentiellement sur le logement social et l’hébergement d’urgence, le travail, la santé, en particulier mentale, et l’éducation. De ces bouts d’histoire esquissés apparaît la mécanique de la galère, tout finissant par s’enchevêtrer.

Fatima, par exemple, est arrivée en France il y a une petite dizaine d’années. Elle aimerait travailler mais ne parvient pas à être régularisée à cause d’un blocage de la préfecture. Fabrice, qui pour la soirée a revêtu un costard noir, a grandi dans un quartier populaire de Paris. Il a passé plusieurs années à s’occuper de sa mère malade. Il a une « angoisse » : que les habitants du quartier ne puissent plus revenir chez eux

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »

Lucie Castets, maire du 12e arrondissement de Paris, réaffirme son engagement en faveur d’une primaire de la gauche et des écologistes pour 2027. L’ex-candidate du NFP à Matignon appelle à un rassemblement mardi 5 mai à Paris pour les 90 ans du Front Populaire et relancer la dynamique unitaire de la gauche.
Par Alix Garcia
Comment l’Europe finance des fondations fascistes
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Comment l’Europe finance des fondations fascistes

La Sovereignty Foundation, qui dépend du groupe politique européen auquel sont affiliés Reconquête ! ou l’AFD, a reçu une subvention de 1,1 million d’euros alors que ses membres enfreignent régulièrement les valeurs d’égalité et de respect inscrites au règlement de l’Union européenne.
Par Hugo Boursier
« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027
Décryptage 29 avril 2026 abonné·es

« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027

Derrière le mot d’ordre de « nouvelle France », à la fois panorama social et slogan politique, le triple candidat à la présidentielle pourrait avoir trouvé un récit capable de mobiliser les classes populaires. Tout en installant une confrontation avec l’extrême droite.
Par Lucas Sarafian
« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »
Entretien 29 avril 2026

« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »

Demba Traoré, le nouveau maire du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, revient sur les conditions de sa victoire et la portée politique de la liste citoyenne qu’il a conduite.
Par Hugo Boursier