À l’« Émission politique », Édouard Philippe n’a peur « que de la mort »

Mis à part un échange vigoureux avec Jean-Luc Mélenchon, le Premier ministre a enfilé des perles, jeudi soir, sur France 2.

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C’est ennuyeux le néolibéralisme apaisé. Sur France 2, Édouard Philippe aborde sa première grande émission politique avec un sourire crispé et la voix cauteleuse. « Monsieur le Premier ministre, beaucoup de Français ne vous connaissent pas », lui lance, en guise de bienvenue, Léa Salamé, qui lui somme de commenter une photo où Macron signe ses ordonnances... sans lui. Édouard Philippe, un Premier ministre fantôme – et fantoche ?

D’ailleurs, dès qu’il ouvre la bouche, la journaliste s’impatiente : « Le temps presse malheureusement », « il faut essayer de ne pas être trop technique ». Pourtant, le Premier ministre a beaucoup de choses à dire. L’écologie ? « J’évolue sur ces sujets. J’y suis venu sur le tard, par des lectures », récite celui qui a pérennisé une centrale à charbon dans sa ville. La PMA ? Le député qui s’était abstenu sur le mariage pour tous, a « évolué » aussi là-dessus – il est pour – et puis « c’est toujours difficile d’élever un enfant, toujours ».

La dette du pays ? « Rome ne s’est pas faite en un jour. » La suppression partielles de l’ISF ? « J’assume de le faire car il faut que l’argent aille vers la production. » Moins 3 milliards d’euros pas an dans les caisses de l’État, c’est toujours moins pire que « les 10 000 contribuables qui partent par an pour ne pas payer l’ISF » car alors, « tous les Français perdent de la ressource ». Et puis, « c’est vachement important de mettre en œuvre ce qui a été annoncé pendant la campagne ! »

La suppression des contrats aidés, ça ne l’était pas, mais peu importe, semble-t-il. Grâce à France 2, Édouard Philippe a pris son courage à deux mains et rendu visite aux salariées d’Emmaüs aux Ulis, dans l’Essonne. On le suit dans une petite salle de l’association : « On ne peut pas se satisfaire du ‘‘mieux que rien’’ », explique-t-il, pédagogue, à une employée qui va être licenciée. « Enfin si, quand même, quand on a rien... », ose gentiment la future chômeuse. Retour sur le plateau : « C’était un excellent échange, un échange humain », se félicite Édouard Philippe : « Nous les diminuons [les contrats aidés] pour faire que la politique de l’emploi fonctionne mieux. »

Duel

Ouf ! Il est 22h24, et Mélenchon arrive sur le plateau. La vraie star, c’est lui. Léa Salamé le sait, qui a annoncé, en début d’émission, « le duel politique le plus attendu de la rentrée », « le point d’orgue de la soirée ». Pas très sympa pour Édouard Philippe, qui s’échine depuis une heure à expliciter sa politique aux Français…

« Entrez ici, Édouard Mélenchon », se trompe Léa Salamé, qui part dans un fou rire. « C’est dommage, ça va être un peu court », prédit le leader de la France insoumise, en s’asseyant sur sa chaise. Lui, il est venu sur France 2 pour se faire l’écho de « la France qui souffre ». Un budget pareil, « vous ne vous rendez pas compte que c’est pas écoutable quand il y a 9 millions de pauvres dans un pays », dit-il au Premier ministre, dont il croit savoir qu’il est « un homme cultivé et très construit intellectuellement ».

En face de son « opposant numéro 1 », Édouard Philippe montre soudain une concentration maximale. Mélenchon l’a comme réveillé, lui aussi. Il faut dire que le député de Marseille, c’est autre chose que « l’invité surprise » qui le précédait, l’atone Thierry Breton. « Nous partons d’une situation où la France va mal », reconnaît Édouard Philippe. Mais pour le reste – CETA, ordonnances, nucléaire, Europe… – pas moyen de s’entendre avec le député de Marseille. « Vous avez renversé la hiérarchie des normes, et comme vous avez peur, vous ne voulez pas le reconnaître », lance Mélenchon. « Je n’ai peur de rien, que de la mort peut-être », dit Philippe.

Mélenchon frétille d’impatience sur sa chaise. « C’est bientôt votre émission ! », le rassure Léa Salamé, qui enchaîne sur la grande histoire de la soirée : quand Édouard Philippe a révisé l’ENA dans le bureau du sénateur socialiste. Drôle ! Édouard Philippe a envie de développer... « Bon allez, l’anecdote est savoureuse mais la France souffre », le coupe Salamé.

Édouard Philippe remet ses gants : « Parfois, je suis déçu. Parfois, vous me décevez M. Mélenchon, quand un républicain comme vous ne fait pas le choix au 2e tour. » Il veut pousser l’Insoumis à la faute. Ça marche – un peu : « Vous ne me prendrez pas en défaut de lutte contre les fascistes ! », s’énerve – un peu – Mélenchon.

L’échange part dans tous les sens. Mélenchon avait raison : c’est un peu court. « Vous êtes contre le libre-échange, vous êtes contre le monde dans lequel on vit », finit par accuser Édouard Philippe. « Vous pouvez penser qu’on vit bien toutes portes et toutes fenêtres ouvertes », rétorque l’ancien candidat à la présidentielle qui veut avoir le dernier mot. « À bientôt, avant la fin de l’année, pour votre “Émission politique” », conclut Léa Salamé. Qui a manifestement déjà très envie d’y être.


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