À la santé d’Istanbul
À travers l’histoire d’un marchand ambulant, le prix Nobel turc Orhan Pamuk dresse un grandiose portrait-fleuve de la ville qui traverse son œuvre..
dans l’hebdo N° 1468 Acheter ce numéro

Orhan Pamuk a beau être souvent lu et interrogé comme un fin analyste de la situation politique turque, il est aussi un romancier sentimental. Il le disait dans Le Romancier naïf et sentimental (Gallimard, 2012), réflexion sur l’art du roman appuyée sur un essai de Friedrich Schiller ; il l’affirme une nouvelle fois dès les premières pages de Cette chose étrange en moi. Paru en Turquie en 2014 avant d’être traduit par Valérie Gay-Aksoy et publié en France chez Gallimard, ce nouveau roman-fleuve s’ouvre en effet sur un enlèvement par amour.
Le récit est a priori digne d’un conte oriental. Mevlut Karatas, vendeur de yaourt et de boza – « boisson asiatique traditionnelle obtenue à partir de millet fermenté, […] agréablement parfumée et légèrement alcoolisée », précise plus tard un narrateur anonyme à la troisième personne –, fuit son village d’Anatolie centrale avec Rayiha, une jeune fille d’un village voisin,