Dans l’enfer  du travail précaire

Le journaliste Thomas Morel s’est infiltré pendant deux ans dans cinq entreprises. Il en a tiré des reportages saisissants sur la vie quotidienne de millions de salariés.

L ’usine, beaucoup l’imaginent. Peu la connaissent. » Faire ressentir – un peu – la réalité du travail le plus dur et le plus précaire, c’est ce que parvient à faire Thomas Morel, journaliste infiltré pendant deux ans dans cinq entreprises des Hauts-de-France. Il a tour à tour « disposé en cadence des chocolats industriels dans leurs boîtes alvéolées, répondu en boucle à des clients invisibles, tenté de vendre des contrats de gaz et d’électricité au porte-à-porte, réclamé de l’argent à des débiteurs pris à la gorge, et monté et vissé des trains arrière de voiture ». En relatant ces expériences, l’auteur rend palpable la douleur physique et psychologique causée par les cadences, l’inanité du travail ou la grande précarité. Comme une boucle, le livre débute et se termine sur un vestige du « vieux monde », le travail à la chaîne, dans une usine de chocolats Cémoi puis chez Toyota, inventeur d’une organisation du travail ultraparcellisée et standardisée. Dans cet univers digne des Temps modernes de Chaplin, le temps avance au ralenti au cours de créneaux où les vies sont « plongées en apnée huit heures durant ». On découvre comment les objectifs de production et la pénibilité détruisent à petit feu le corps des ouvriers, tel Didier, à la retraite, « qui boite et se déhanche comme si ses articulations étaient de guimauve ». Pour supporter ce lent supplice, bien des travailleurs consomment du cannabis ou de l’alcool, au détriment de leur sécurité. Pourtant, chez Cémoi, on est prévenu dès l’arrivée : « Faites attention aux accidents de travail, ils coûtent cher à l’entreprise. »

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