La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire placée sous surveillance renforcée

L'infrastructure est mise en cause pour des problèmes de sécurité. La députée de La République en marche Perrine Goulet, ancienne cadre de la centrale, affirme que tout est normal.

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La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire dans le Cher est accusée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) « d’une dégradation du niveau de sûreté constatée depuis 2016 et de l’absence d’améliorations notables de la part d’EDF ». Conséquence de ce rapport très discrètement publié mercredi sur le site de l’ASN et démenti pendant des heures par les responsables de la centrale : toutes les installations sont placées « sous surveillance renforcée ». Ultime avertissement avant qu’il soit demandé à l’opérateur de mettre les deux réacteurs à l’arrêt pour une période indéterminée.

Dégradation de la sûreté

Pour justifier ces précautions qui sortent de l’ordinaire, l’ASN explique qu’en 2016, le nombre d’incidents dits « significatifs » a augmenté, ceci en dépit des observations qui avaient été faites précédemment à l’exploitant. Elles ont été à nouveau formulées à Jean-Marie Boursier, le directeur de la centrale. Ce responsable a été convoqué et entendu le 7 septembre dernier. Il a eu d’autant plus de difficultés à convaincre ses interlocuteurs que les reproches des représentants du gendarme du nucléaire portent essentiellement sur des défauts de surveillance et de conduite des réacteurs. Les parties les plus sensibles d’une centrale, surtout quand elle atteint 30 ans. 

L’ASN explique notamment avoir « relevé de nombreuses défaillance dans l’identification et l’analyse des conséquences des anomalies affectant certains équipements importants pour la sûreté et une dégradation dans la qualité des réponses qui lui sont fournies ainsi qu’une réactivité insuffisante de l’exploitant ».

Trop d'intérimaires

Des syndicalistes d’EDF ne manquent pas d’expliquer, en demandant que leur anonymat soit respecté, que les mauvais états des deux réacteurs en particulier et de la centrale en général « sont évidemment en partie liés à un recours de plus en plus massif à des intérimaires peu ou mal formés et à un dégraissement lent mais constant du nombre des titulaires ayant une culture du nucléaire ». 

Cette situation, ajoutent ces syndicalistes, est exactement la même à l’autre centrale de la région, celle de Dampierre-en-Burly, qui exploite quatre réacteurs. Cette dernière a d’ailleurs été également placée sous surveillance renforcée de 2000 à 2002. Elle a connu depuis d’autres incidents et dysfonctionnements, au point qu’elle est fréquemment citée dans les rapports internes d’EDF comme une centrale qui devra être fermée définitivement peu après Fessenheim, voire en même temps puisqu’elle est en fonction depuis trente-sept ans et vieillit mal.

Comme d’habitude des commerçants et des habitants de Belleville, assurent qu’ils ne sont pas inquiets, expliquant en complément que leur commune et les communes environnantes ont besoin de la centrale pour maintenir le niveau économique local. C’est également l’opinion de la députée LREM Perrine Goulet, élue dans le département voisin en juin dernier. Elle explique qu’il n’y a rien à craindre, que la démarche de l’ASN est normale et que cette dernière n’a fait qu’officialiser ce qui était connu de tous. Une explication à cet optimisme : avant son élection, cette parlementaire de la majorité macronienne était… une cadre importante dans la centrale de Belleville et notamment chargée de la question de sûreté.


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