Le WWF alerte sur le braconnage des éléphants africains

Un réquisitoire documenté et accablant de l’ONG met en garde contre l’extinction du mammifère, chassé pour ses défenses en ivoire.

Claude-Marie Vadrot  • 7 septembre 2017
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Le WWF alerte sur le braconnage des éléphants africains
© photo : OLIVIER GOUALLEC / Citizenside

Le rapport sur le commerce d’ivoire en Afrique centrale, publié ce jeudi par le WWF International et son bureau Traffic, est accablant. Après trois ans de recherches, conduisant une véritable enquête policière en liaison avec Interpol et se faisant notamment passer pour des acheteurs, les représentants de Traffic ont identifié toutes les arcanes du commerce des défenses d’éléphants dans cette région. C’est ainsi 20 000 mammifères qui mourraient chaque année en raison de leurs défenses en ivoire. Ce braconnage est un des responsables de la baisse, mentionnée par le rapport, de 62 % du nombre d’éléphants en Afrique centrale entre 2002 et 2011.

Les marchés locaux sont en voie de disparition en raison d’une application « officielle » de la loi. Ils sont hélas remplacés, explique le rapport, « par un commerce international sophistiqué qui s’installe, favorisé par un haut niveau de corruption ». En fait, modèle de ce qui se passe dans d’autres pays africains, pour l’éléphant comme le rhinocéros, ce sont des réseaux criminels, internationaux et dangereux, qui prennent peu à peu le trafic des espèces sauvages en main. Ils organisent et contrôlent les braconniers, qui opèrent souvent désormais avec des armes lourdes, et qui n’hésitent pas à pourchasser, voire abattre, ceux qui s’opposent dans la savane à leurs « chasses ». Ils l’ont fait il y a quelques semaines en assassinant en Tanzanie Wayne Lotter, le défenseur des éléphants dans ce pays.

Organisations criminelles

Le rapport évoque des « réseaux criminels ultraorganisés » d’envergure internationale. Le commerce de cet ivoire s’est en fait internationalisé depuis quelques années, ce qui explique le niveau de l’hécatombe des éléphants. Cette évolution repose sur la corruption de nombreux responsables officiels, y compris au niveau gouvernemental, n’hésitent pas à expliquer les auteurs du rapport.

Dans son commentaire, Christopher Sone Nkoke, le directeur du projet faune sauvage du bureau Traffic, explique qu’« il est scandaleux que des personnes chargées de protéger ces pays d’Afrique centrale, des responsables gouvernementaux, des militaires de haut grade et même des gardiens de la paix des Nations unies, soient complices de ces agissements. L’Afrique centrale est l’une des plus grandes sources mondiales d’ivoire illégale et la corruption et la faiblesse de la gouvernance contribuent à faire sortir de telles grandes quantités d’ivoire. »

Trafic sans risque

Les enquêteurs du WWF établissent que non seulement le trafic de la faune sauvage était en cours d’augmentation en Afrique centrale mais surtout que ce commerce a changé de nature et d’ampleur. Parce que la demande existe mais surtout parce que les responsables de ces réseaux et leurs passeurs ne risquent pas grand-chose lorsqu’ils sont pris au passage d’une frontière. La plupart de ces réseaux ne surgissent pas de nulle part, car se sont de plus en plus souvent les mêmes qui organisent le transport de la drogue et ont donc trouvé une diversification qui rapporte également de plus en plus.

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