Les neurosciences contre la pédagogie

L’étude du cerveau appliquée à l’apprentissage scolaire, défendue par le ministre Jean-Michel Blanquer, a le vent en poupe. Un principe d’apparence séduisante… et un business prometteur.

Maïa Courtois  • 13 septembre 2017 abonné·es
Les neurosciences contre la pédagogie
© photo : WALTRAUD GRUBITZSCH/DPA/AFP

Des photographies de jeunes enfants passant une IRM, semblables à de petits astronautes. Des images de cerveaux parsemés de taches de couleur. Les yeux de Stanislas Dehaene brillent. Le neuroscientifique, professeur au Collège de France, donne une conférence à l’École normale supérieure (ENS) sur ce que le cerveau nous dit de l’apprentissage scolaire. Il parle du cerveau de l’enfant comme d’un « super-ordinateur » et utilise la métaphore informatique pour expliquer l’acquisition de la lecture : « La zone de la lecture recycle un algorithme préexistant, celui de la reconnaissance des visages. À l’IRM, on voit nettement la même zone s’activer. » Il montre une région du cerveau qu’il nomme « aire de la forme visuelle des mots », et dont la lésion entraînerait une perte de la capacité de lire. On est alors en 2015. Il y a quatre ans, le chercheur écrivait déjà : « Des sciences cognitives à la salle de classe, il ne reste qu’un petit pas à franchir ».

Les neurosciences appliquées à l’éducation fascinent toujours plus. La chercheuse en sciences cognitives Elena Pasquinelli met cependant en garde contre le « pouvoir de séduction des images du cerveau » et du « jargon neuroscientifique ». La représentation colorée d’un cerveau est celle d’un organe modélisé, donc déjà interprété. Le fait qu’« une zone cérébrale s’active n’est pas une explication causale », mais le corrélat biologique de ce qui se passe lorsque l’individu pense. « Cela paraît pourtant ultra-convaincant. Il y a un effet persuasif en dépit d’un discours circulaire. » Et les enseignants se retrouvent avec « un dépliant sur leur table rempli de belles images, qui leur dit : “Cette méthode marche, elle est fondée sur quelque chose d’objectif” ! » C’est que les neurosciences enthousiasment autant le grand public que les décideurs politiques.

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