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MM. Macron, Castaner et Gattaz ont parlé d’une seule voix pour suggérer que les chômeurs se vautrent dans la fainéantise.

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Il y a deux semaines, Emmanuel Macron, chef de l’État français, a promis pour bientôt un « contrôle accru » des chômeurs. Après quoi, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a fait cette déclaration : « La liberté, ce n’est pas de se dire que je vais toucher les allocations chômage pour partir deux ans en vacances. » Après quoi : Pierre Gattaz, président du Medef, qui réclame depuis des années que l’État distribue toujours plus de milliards d’euros aux entreprises au titre, notamment, du CICE – en échange de quoi il a même juré naguère qu’elles créeraient « un million » d’emplois – a proposé que les chômeurs soient soumis à un « contrôle journalier ».

MM. Macron, Castaner et Gattaz ont donc parlé, encore une fois, d’une même et seule voix, pour suggérer, à l’unisson, que les chômeurs, gavés d’indemnités, se vautrent dans la fainéantise et la fraude – et se font même payer des vacances par le contribuable [1].

Puis, le quotidien Les Échos – pas exactement un repaire de bolcheviques – a publié, jeudi dernier, un passionnant article qui narrait que : « Selon le dernier rapport annuel d’évaluation du Comité de suivi, les effets du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) sur le recrutement ne sont pas au rendez-vous. » Puisque, en effet : « Moins de 3 000 emplois ont été sauvegardés en 2013 grâce au préfinancement du CICE. Un volume qui se révèle donc très modeste. » Cependant : « Le Comité note que cet avantage fiscal a permis une amélioration des marges des entreprises. » Conclusion tout euphémistique des Échos : « Le bilan du CICE est donc mitigé alors qu’il a représenté un coût pour l’État de 62,2 milliards d’euros depuis sa création. Un montant auquel il faudra ajouter la dépense budgétaire relative aux années 2017 et 2018, le dispositif ayant vocation à disparaître à partir de 2019. »

Mais Emmanuel Macron n’a toujours pas dit quand il se déciderait enfin à faire procéder à un contrôle accru des bénéficiaires de cette manne, Christophe Castaner n’a toujours pas considéré que la liberté n’était pas de se dire que je-vais-toucher-le-CICE-pour-m’augmenter-la-marge-pendant-sept-ans – et pour stupéfiant que cela puisse paraître : Pierre Gattaz, au jour où ces lignes sont écrites, n’est encore soumis à aucune surveillance particulière.

[1] Rien n’est nouveau, dans ces proférations dégueulasses : ça fait trois décennies qu’elles sont dites et redites quotidiennement par les forgerons de l’opinion. Dans le tristement célèbre numéro hors-série que la chefferie du journal Libération avait confectionné en 1984 pour célébrer les vertus de « la crise », le directeur de l’époque de ce journal – l’inénarrable Serge July – voulait déjà « faire des citoyens assistés des citoyens entreprenants » : un assisté, expliquait-il, se reconnaît à ce qu’il est accro à la « Sécurité sociale », aux « allocations familiales », à l’« assurance retraite », à l’« assurance chômage », et se goberge donc dans une confortable « ouate sociale ». Trente-deux ans plus tard, en décembre 2016, un autre misérable éditocrate – lui aussi gavé d’aides publiques à la presse –, Christophe Barbier, écrivait dans L’Express : « Un chômeur doit peu être indemnisé au début. […] Au bout de six mois, s’il n’a pas retrouvé de poste idoine, il ne peut refuser aucune offre d’emploi – ou il perd toute aide. »


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