La France accélère les expulsions d’Afghans au péril de leur vie

La Cimade et Amnesty International dénoncent dans un rapport ces expulsions vers l’Afghanistan menées par la France et les pays européens en dépit des menaces que courent les expulsés à leur retour.

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640 Afghans expulsés par la France en 2016. Au péril de leur vie. Selon les statistiques officielles de l’Union européenne, le nombre de personnes renvoyées en Afghanistan par les États membres de l’UE a presque triplé entre 2015 et 2016, passant de 3 290 à 9 460. Cet accroissement inquiétant est dû principalement à la baisse drastique des avis favorables donnés aux demandes d’asile des Afghans, passés de 68 % en septembre 2015 à 33 % en septembre 2016. Tous ces pays de l’UE feignent d’ignorer la situation dramatique, du point de vue sécuritaire et humanitaire, qui est celle de l’Afghanistan et qui s’est encore dégradée ces derniers mois.

« Délibérément aveugles à tous les éléments qui montrent que la violence atteint un niveau record et qu’aucune région d’Afghanistan n’est épargnée, les gouvernements européens appliquent une politique à la fois irresponsable et contraire au droit international, en exposant notamment des hommes, des femmes et des enfants à des dangers tels que l’enlèvement, la torture ou la mort », expliquait Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, lors d’une conférence de presse présentant le rapport.

Des chercheuses d’Amnesty se sont rendues en Afghanistan pour enquêter et rencontrer des personnes expulsées d’Europe. Celles-ci sont fréquemment l’objet de menaces, voire victimes d’enlèvements, de torture ou de meurtres, particulièrement lorsqu’elles avaient travaillé auparavant pour des organisations internationales ou les armées occidentales engagées en Afghanistan. En dehors de ces cas, elles retrouvent de toute façon une situation de misère et de conflit armé dans tout le pays, où le nombre de victimes civiles n’a cessé de s’accroître depuis le début de l’année. Enfin, la crise humanitaire y est qualifiée d’ « aigüe » par les Nations unies, avec plus de 9 millions d’Afghans n’ayant qu’un accès très limité aux services de santé les plus élémentaires, 1,6 millions ayant une sécurité alimentaire extrêmement précaire, et 2 millions de personnes étant déplacées – dont plus de 250 000 sont venues grossir leurs rangs depuis le 1er janvier, parmi lesquelles figuraient près de 60 % d’enfants.

Amnesty International et la Cimade exigent donc à juste titre que le gouvernement français, en particulier Gérard Collomb à l’Intérieur, mette un terme à ces renvois de demandeurs d’asile contraints de repartir affronter toutes ces menaces qu’ils ont fuies, en violation manifeste du droit international.


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