Neil Young : « Songs » d’une nuit d’été

Des enregistrements inédits de Neil Young datant de l’été 1976 sont publiés pour la première fois sous leur forme originelle.

Jacques Vincent  • 25 octobre 2017 abonné·es
Neil Young : « Songs » d’une nuit d’été
© photo : DR

T’es prêt Briggs ? », demande Neil Young au début du disque. En cette nuit du 11 août 1976, au milieu de cet été particulier pour le monde du rock qui, dans sa grande majorité, ne voit ni n’entend encore rien de l’insurrection sonore qui vient, Neil Young est dans l’Indigo Ranch Studio de Malibu en compagnie du producteur David Briggs, son complice depuis le début de sa carrière solo, d’un ingénieur du son, et de l’acteur et scénariste Dean Stockwell, étrangement crédité ici en tant qu’observateur. Il faut se souvenir que c’est un scénario de Stockwell, jamais réalisé, qui a largement inspiré le troisième album de Neil Young, After The Gold Rush, et que le même Stockwell écrira quelques années plus tard le scénario de Human Highway, film qu’il coréalisera avec Neil Young en 1982.

Quatre hommes dans la nuit californienne donc et, selon les dires du principal intéressé, des bières, de l’herbe et de la cocaïne. De la musique surtout.

Tout ce qui est enregistré au cours de cette nuit l’est donc en mode minimaliste. Guitare le plus souvent, piano sur un titre, quelques traits d’harmonica ici ou là, et évidemment cette voix unique qui ouvre une brèche dans la nuit. Rien que cette évocation fait surgir des images ou plutôt une image iconique d’un Neil Young penché sur sa guitare ou son clavier, le visage dissimulé derrière un double rideau de cheveux longs et raides. L’image aussi d’un engagement total dans l’interprétation qui donne tant d’intensité aux chansons, dans un mélange de puissance et de fragilité.

En ce milieu des années 1970, Neil Young est un homme pressé qui écrit beaucoup, enregistre dans la foulée et sort des disques au rythme d’un par an. Au matin du 12 août, il pense donc avoir mis en boîte l’album de 1976. Ce ne sera pourtant pas le cas, et 1976 sera une exception. La raison en est que Reprise Records, son label à l’époque, n’est pas convaincu de la pertinence de sortir ces chansons en l’état et demande qu’elles soient retravaillées avec un groupe. Aucune d’entre elles n’est pourtant présente sur l’album qui paraît au printemps 1977, American Stars ’n Bars, à l’inspiration et l’instrumentation très country. Comme si Neil Young était déjà ailleurs.

Il reviendra pourtant plus tard à ces chansons qui, à l’exception de deux, paraîtront sur différents albums et dont certaines feront les belles heures des concerts, en particulier « Pocahontas » et « Powderfinger ». Les voici pour la première fois dans leur forme originelle, et ce disque est comme leur acte de naissance. Il doit être pris comme tel et écouté comme si on était projeté dans ce studio de Malibu en cette nuit d’août 1976, en oubliant les quelques imperfections qui tiennent essentiellement, pour certaines chansons, dans un final hésitant comme si leur géniteur ne savait pas comment les laisser le quitter.

Hitchhiker, Neil Young, WEA.

Musique
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