Poutine, l'opposition et les milliardaires russes

Le président russe met ses opposants en prison et mobilise ses milliardaires pour s'assurer une bonne réélection en mars 2018.

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Alexeï Navalny, seul opposant politique connu d’une partie des Russes, vient d’être jeté en prison pour une vingtaine de jours. Cette condamnation a été infligée par un tribunal de Moscou pour avoir « multiplié des appels à des événements publics non autorisés », autrement dit pour avoir demandé à ses partisans de manifester à Moscou et dans d'autres villes, ou encore d’avoir tenu des meetings électoraux, notamment à Omsk, à Mourmansk, à Novossibirsk ou à Saint-Pétersbourg. L’interpellation de Navalny et de son adjoint, Leonid Volkov, a eu lieu quelques heures avant leur participation à un meeting prévu à Nijni-Novgorod qui avait pourtant été autorisé ! En dépit de cet avertissement, de nombreux manifestants ont tenté de défiler samedi et dimanche dernier dans plusieurs villes russes. Résultat : des centaines de nouvelles arrestations et la perspective de quelques nouveaux emprisonnements assortis de passage à tabac par les policiers.

La raison de ces manifestations : célébrer l'anniversaire de Vladimir Poutine qui a atteint ses 65 ans samedi dernier. Le chef du Kremlin n’a pas du tout aimé cette ironie. Peut-être également parce que le 7 octobre est également l’anniversaire de l’assassinat d'Anna Politovskaïa, la journaliste du seul journal libre du pays, Novaïa Gazeta, abattue en 2006 par des hommes de main dans le rez-de-chaussée de son immeuble. Un meurtre dont la justice russe n’a jamais pu ou jamais voulu retrouver les commanditaires. Comme d’ailleurs pour le seul opposant réellement politique du nouveau tsar, Boris Nemtsov, tué à quelques mètres du Kremlin en février 2015. Deux « mystères » entre beaucoup de morts violentes « inexpliquées ».

Peur du ridicule électoral

Vladimir Poutine est également fâché parce que sa police lui explique régulièrement que l’opposition à son règne, qui dure depuis dix-sept ans, est de plus en plus importante, même si elle éprouve beaucoup de mal à se structurer et à se doter d’un programme politique. Les municipales à Moscou viennent de rappeler, avec une participation de 14 % que même s’ils ne sont pas dans une opposition organisée la majorité des Russes sont en train de lâcher Poutine en refusant de se prêter aux faux-semblants démocratiques.

Cette situation inquiète le président russe qui sera à nouveau candidat en mars prochain. Sa réélection (très probable) à la tête de la Russie ne serait toutefois pas très glorieuse si la participation électorale était très faible. Surtout si Alexeï Navalny, dont les chances sont plus que minces, se présentait également, faisant de Poutine un « mal élu ». À titre préventif, cet opposant dont le « programme » ne concerne que la corruption, est régulièrement condamné à quelques jours ou quelques semaines de prison, pour que, si nécessaire, il puisse être déclaré inéligible par une commission électorale acquise au pouvoir en place.

Une réunion électorale à 200 milliards

C’est ce que le Président a expliqué le 21 septembre dernier à la pléiade de milliardaires qu’il avait réuni dans les locaux du Sénat. Il a donc demandé aux quarante oligarques impérativement convoqués, de s’activer, financièrement et politiquement, pour « remobiliser les Russes ». Tout ce beau monde, dont les journalistes de Novaïa Gazeta estiment qu’il représente un capital d'au moins 200 milliards d’euros, a immédiatement compris qu’il devait rapidement partir en campagne pour assurer une victoire éclatante à son tsar. Sous peine de voir leurs situations, leurs postes et leurs fortunes rapidement remises en cause. Ils connaissent tous le nom d'oligarques qui, par le passé, n’ont pas voulu jouer ce jeu. Même Roman Abramovitch, qui vit à Londres depuis des années, a fait clairement allégeance pour sauver sa fortune évaluée à 10 milliards d’euros.


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