Ricœur, Macron : d’un penseur l’autre…

Non seulement François Dosse s’emploie à montrer l’empreinte profonde et systématique de la pensée du premier sur la politique du second, mais il le fait avec zèle et enthousiasme.

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C’est à la demande de Paul Ricœur, qui préparait l’un de ses grands livres, La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000), que François Dosse, son biographe, universitaire respecté, lui a présenté l’un de ses étudiants de Sciences Po. Cet étudiant avait pour nom Emmanuel Macron, comme chacun le sait aujourd’hui, puisque l’actuel Président ne manque pas une occasion de valoriser ce travail d’« assistance éditoriale » effectué auprès de Ricœur. D’où la légende du « président-philosophe », que d’aucuns colportent sans barguigner. Si François Dosse évite l’expression, il n’est pas interdit de s’interroger sur le but ultime de l’ouvrage qu’il fait paraître aujourd’hui, Le Philosophe et le président (Stock, 274 p., 19 euros).

L’auguste penseur aurait donc impressionné le jeune homme ? Si ce n’était que cela ! Non seulement François Dosse s’emploie à montrer l’empreinte profonde et systématique de la pensée du premier sur la politique du second, mais il le fait avec tant de zèle et d’enthousiasme que son livre ressemble à un plaidoyer de midinette en faveur du locataire de l’Élysée. En voici trois exemples parmi tant d’autres. Macron ne prendrait pas ses décisions dans un rapport exclusivement vertical au pouvoir – Ah oui ? Et les ordonnances ? Il regarderait « le visage de l’autre, la lecture de l’autre même quand elle n’est pas conforme à la sienne » – Ah oui ? Et les journalistes indésirables qu’il écarte ? Plus savoureux encore : le soir de son élection, lors de son discours à la pyramide du Louvre, il aurait adopté une « posture d’humilité » – quand on a les yeux de Chimène…

Aux chercheurs engagés dans la défense d’une cause, leurs contempteurs réclament une neutralité axiologique. La neutralité axiologique ? Personne ne viendra embêter François Dosse avec ça ! Son livre est trop touchant. Une telle extase académique, c’est si mignon ! Toutefois, citons ici Edward Saïd, dans Des intellectuels et du pouvoir (1996). Selon lui, un intellectuel doit « poser publiquement les questions qui dérangent, affronter l’orthodoxie et le dogme (et non les produire) ». C’est « quelqu’un qui n’est pas enrôlable à volonté par tel gouvernement ou telle grande entreprise, et dont la raison d’être est de représenter toutes les personnes et tous les problèmes systématiquement oubliés ou laissés pour compte ». Mais pour Jupiter, tout cela n’est que « passions tristes ».


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