Au Burkina Faso, le pari précaire de l’agro-industrie
L’État s’est lancé dans la création d’un de ces « pôles de croissance agricoles » préconisés par la Banque mondiale en Afrique, mais très contestés par les organisations paysannes et les ONG.
dans l’hebdo N° 1479 Acheter ce numéro

À quelques kilomètres au sud de Tenkodogo, on quitte le trafic des camions qui filent vers le Togo et le Ghana pour prendre une piste sur la droite. Un imposant panneau annonce l’entrée du « pôle de croissance agricole » de Bagré, village au cœur de ce projet prévu sur 500 000 hectares – l’équivalent d’un département français [1]. En 2012, l’État burkinabé a créé une société d’économie mixte, Bagrépôle, pour gérer les lourdes opérations d’aménagement de ce territoire, avec l’objectif assigné, précise son directeur général, Joseph Martin Kaboré, « d’apporter des réponses significatives » aux besoins d’autonomie alimentaire de la population locale, à la lutte contre la pauvreté rurale et au développement économique du pays.
Les ambitions ont la fluidité prometteuse d’une plaquette publicitaire. À terme, ce pôle « intégré à fort potentiel » produirait 165 000 tonnes de denrées agricoles par an. Des aires sont réservées pour la pisciculture et l’élevage, des unités de transformation, des gares routières, une zone industrielle, une plate-forme de commercialisation.
Au cœur de cette mécanique agricole, le barrage de Bagré, en service depuis 1994. Avec le lac de retenue, Bagrépôle veut irriguer 30 000 hectares, principalement pour la culture du riz, et créer 30 000 emplois. Cohabiteraient des paysans cultivant de petites parcelles