Nouveau cas de censure à Canal

Un reportage sur le Togo a été effacé des plateformes de replay de la chaîne. Reporters sans frontières demande au comité d’éthique de Canal+ de se saisir de ce cas.

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Voilà deux mois, dans l’émission « L’effet papillon », sur Canal+, un reportage, « Lâche le trône », dessinait un portrait critique du président togolais Faure Gnassingbé, à un moment où les manifestations se multipliaient contre lui dans son pays. Depuis, le reportage a été sucré des plateformes de replay de la chaîne cryptée sans que des explications soient fournies aux salariés, et deux responsables ont été écartés, une chargée de programmation et le directeur des chaînes et des contenus de Canal+ international, François Deplanck. L’explication se trouve peut-être dans les affaires de Vincent Bolloré, dont le Togo est un partenaire économique privilégié.

Reporters sans frontières (RSF) a ainsi demandé au comité d’éthique de Canal+ de se saisir au plus vite d’un cas de censure – lequel devait se constituer au sein de la chaîne en septembre 2017, mais n’a été annoncé aux salariés du groupe que le 7 décembre dernier, rapporte RSF. Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, s'interroge :

Pourquoi le comité d’éthique de Canal+ n’a-t-il pas encore été saisi de ce cas et quand le sera-t-il ? Ce n’est malheureusement pas la première fois que la direction de Canal+ déprogramme un documentaire ou un reportage préalablement approuvé par la rédaction, mais qui se révèle de nature à déplaire aux partenaires privilégiés du principal actionnaire de la chaîne. Nous demandons au comité d’éthique de se saisir au plus vite de cette affaire et de s’assurer que les intérêts du groupe Bolloré n’interfèrent pas avec l’indépendance du média qu’il dirige.

Et de rappeler que l’homme d’affaires « n’a jamais caché son intention de peser sur les contenus éditoriaux des médias propriétés de sa multinationale Vivendi. Il y a deux ans, quelques mois après la déprogrammation d’une enquête sur le Crédit mutuel, dirigé par l’un de ses amis, le patron du groupe avait prévenu qu’attaquer “la BNP, LCL ou le propriétaire de l’immeuble serait une bêtise” ».

D’après des informations recueillies par RSF, « cette consigne a été théorisée par la direction qui a ensuite demandé aux équipes de ne pas s’en prendre aux partenaires actuels ou futurs du groupe ». Résultat, c’est une « situation qui nous paralyse de facto et tétanise tous les journalistes », déplore une source en interne. Mais assurément, reconnaît un contact de RSF, souhaitant garder l’anonymat, « les équipes ont compris que désormais à Canal, on ne parle ni des riches, ni des banques, ni de l’Afrique ».


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