Pays basque : La longue marche vers la paix

Alors que la France et l’Espagne refusent toujours d’acter la fin du conflit armé avec l’ETA, dix mille Basques vont réclamer à Paris, le 9 décembre, la fin du régime spécial des prisonniers politiques.

Patrick Piro  • 6 décembre 2017 abonné·es
Pays basque : La longue marche vers la paix
© photo : La présidente de Bake Bidea, Anaiz Funosas, brandit le symbole des Artisans de la paix, le 8 avril 2017, jour du désarmement, à Bayonne.IROZ GAIZKA/AFP

Depuis lundi, Zigor Goieaskoetxea a « la tête à l’envers » : c’est semaine de visite à Ibon. Il récupère à Arbonne sa mère et sa sœur, qui ont fait la route depuis Guernica (Pays basque espagnol). On chargera vite le coffre, puis départ pour la maison d’arrêt d’Arles, où Ibon, l’aîné, purge 14 ans de peine pour implication dans les activités du groupe armé ETA. On fera étape à Narbonne, 632 kilomètres d’un jet, c’est trop. Il y a aussi Eneko, le cadet, incarcéré à Pontevedra (Galice) : pour 162 ans (l’Espagne autorise le cumul des peines) « sur la foi d’aveux arrachés à un détenu par la torture ». L’administration pénitentiaire est chiche, quarante minutes de parloir seulement pour 1 560 kilomètres aller-retour. Un calendrier a été établi avec tous les proches pour que les deux frères ne manquent pas de visite. « On ne les lâchera pas, c’est une question de dignité ! », lance Zigor Goieaskoetxea. À Arles, il a rencontré un couple de septuagénaires malades du cancer qui persiste à faire la route tous les mois pour aller soutenir leur fils.

À lire aussi >> Pays basque : L’espoir d’une paix durable

Double peine

Les prisonniers basques ont été éloignés et dispersés sur les territoires espagnol et français dans le but affiché par Madrid et Paris d’affaiblir la capacité d’influence du groupe armé. L’association des familles qui partagent ces histoires de galériens recense un accident par mois, et 16 morts jusqu’à aujourd’hui sur les routes. Zigor Goieaskoetxea calcule : il fait de 20 à 30 déplacements par an. « Ils organisent toute la vie familiale. » À 500 euros en moyenne à chaque fois, c’est un poste budgétaire majeur. « On nous inflige une double peine… Au nom de quoi ? » En Pays basque, la frustration, le sentiment d’humiliation et l’impatience montent depuis des années parmi ces proches ainsi qu’au sein des défenseurs de la cause basque.

Du 16 novembre au 6 décembre, une caravane militante a réalisé un « Tour de France » des 21 prisons où

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Société
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