« Les Champs de la colère » : parfum de résistance dans le monde agricole

Ce mercredi soir sur France 5, un documentaire plein d’humanité mais aussi de souffrance : Anne Gintzburger filme Les Foulards noirs, collectif de femmes d’agriculteurs qui entendent sonner l’alerte.

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I ls sont en train de nous éteindre. On est dans la merde ! Et on va le dire pour taper plus haut. On est en train de crever dans nos fermes. La seule échappatoire, c’est de se tirer une balle. » Paroles de femmes. De femmes en détresse, de femmes courage aussi, qui sortent de l’ombre. Un vent de colère s’est levé, des parfums de résistance. Elles veulent sauver l’agriculture, sauver leur homme devant la dégringolade des prix du lait et de la viande.

Quelques-unes d’entre elles se sont réunies sous le collectif Les Foulards noirs, près de Bayeux, dans le Calvados. Couleur en signe de deuil. Objectif, faire passer le message, d’une manifestation l’autre, sur les marchés, dans la rue de petites villes. Anne Gintzburger en a suivi certaines, la caméra proche des corps, au plus près de l’âpreté. Dans le secteur, toutes les familles sont impactées. Avec des agriculteurs obligés de subsister avec 350 euros par mois. Au quotidien : plan de trésorerie, négociations avec les banques, galères successives. En 2016, on a recensé près de quatre cents suicides. Mais du côté des Foulards noirs, la marque de fabrique, c’est le « système B » : bonne humeur et bouts de ficelles. Dans l’urgence. « On tient le coup parce qu’on a des enfants », dit une assistante maternelle, mariée à un producteur laitier normand plongé dans la mistoufle.

Avec quelques chiffres, on comprend mieux : 29 centimes le litre de lait, pour un coût de production à 32 centimes, quand le même producteur aurait vendu son litre le triple au consommateur. En cause, la grande distribution qui fait ses marges. Résultat, des bêtes et des hommes exsangues : « On se lève pour perdre de l’argent. On fait manger tout le monde, mais nous, on ne peut même plus manger ! » La réalisatrice aurait pu tomber dans le piège du pathos. Ce n’est pas le cas ici, filmant sobrement ses interlocutrices et ses interlocuteurs, écrasés par un système mondialisé, pour rendre compte d’une défaite intime, de solitude, de perte d’estime de soi, de boule au ventre qui anime chaque matin, des paysans en souffrance.

Les Champs de la colère (1h12), Anne Gintzburger, ce mercredi 31 janvier, à 20h50, sur France 5.


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