Les grandes villes menacées par de graves pénuries d'eau

Une étude scientifique a examiné 416 cités de la planète. Verdict : une centaine risquent de manquer de ressources aquatiques dès 2050.

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D’après une étude scientifique parue dans le Nature Sustainbility Journal, nouvelle publication en ligne créée par Nature, le développement rapide de nombreuses grandes cités pourrait rapidement les amener à faire face à de dramatiques déficits en eau, aussi bien pour leurs habitants que pour les zones agricoles subsistant dans leur environnement immédiat. Les grandes villes menacées à l'horizon (au mieux) des années 2050 seraient une bonne centaine.

Le responsable de la coordination de cette enquête, Robert McDonald, principal scientifique du programme d’étude sur les villes de Nature Conservancy, une ONG créée en 1951 aux États-Unis, explique que le problème n’est pas une réduction des quantités de pluie mais les importantes variations des saisons humides, avec des pluies plus violentes et de plus en plus mal réparties sur une année. Et comme il fait plus chaud, le mécanisme de l’évaporation est à la fois plus rapide et plus intense. D’autre part, étant donné la violence des précipitations, une grande part des eaux part directement vers les mers et océans, privant les nappes phréatiques d’un apport vital. Et ceci dans des zones où les populations augmentent de plus en plus vite.

D’après l’étude, 54 % des habitants de la planète vivent actuellement dans des villes, mais ce chiffre devrait se situer entre 60 % et 90 % en 2050. Dans le même temps, les besoins en eau des grandes cités vont croître d’environ 80 %. Ce qui pourrait, au minimum, mettre 233 millions de citadins face à des pénuries ou à des réseaux distribuant une eau de plus en plus saumâtre. Sauf à installer d’énormes capacités de stockage. Pour le WWF, ce sont les deux tiers de la planète qui seraient atteints par ces pénuries.

Situation grave à Los Angeles

Le hit-parade des dix agglomérations les plus gravement menacées comporte, dans l’ordre d’urgence, Los Angeles (États-Unis), Jaipur (Inde), Dar es Salaam (Tanzanie), Dalian (Chine), San Diego (États-Unis), Karachi (Pakistan), Harbin (Chine), Phoenix (États-Unis), Porto Alegre (Brésil) et Monterrey (Mexique). Mais, outre ce classement, les chercheurs ont calculé que 27 % des 416 grandes villes dont l’alimentation ne repose que sur les eaux de surface auront des problèmes dans les trente années à venir. Y compris avec des conflits de plus en plus graves, comme en Californie, entre la demande des urbains et celle des agriculteurs. « Et c’est en Asie du Sud, écrivent les auteurs, que la compétition entre les habitants des villes et l’agriculture est la plus préoccupante. »

Le rapport souligne aussi que ce manque d’eau, déjà actuel, est fortement lié à l’insécurité alimentaire, aux migrations forcées et aux difficultés économiques de nombreux pays, même quand les grandes villes sont situées en bord de mer, où les autorités ont recours, comme en Espagne, à la désalinisation de l’eau de mer. Une alternative très coûteuse en énergie fossile et donc facteur de la poursuite du dérèglement climatique.

Le Cap manque déjà

Un exemple, qui ne figure pas dans l’étude de Nature Conservancy, illustre l’acuité des problèmes. C’est celui de la ville du Cap, en Afrique du Sud, qui compte actuellement 4 millions d’habitants. Elle souffrira d’une grave pénurie d’ici quelques mois. Tous les usagers en sont informés, comme les visiteurs prévenus par des affiches, dès leur arrivée à l’aéroport puis dans les grands hôtels. Pour éviter les coupures, expliquent les autorités, les habitants du Cap devraient se limiter à une consommation quotidienne de 87 litres d’eau. Cela paraît être un objectif hors d’atteinte quand on sait qu’une simple douche peut exiger 80 litres et un bain 200. Et, bien sûr, dans cette ville comme dans beaucoup d’autres ce sont les plus pauvres, notamment ceux qui vivent dans les bidonvilles qui seront les premières victimes des coupures ou des restrictions.


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