Dossier : Sauver l'hôpital : Le cri d'alarme des soignants

Souffrance professionnelle à l'hôpital : les remèdes des soignants

Suicides, harcèlement, cadences infernales, privatisation rampante… L’hôpital craque, mais la communauté médicale se mobilise pour piloter les changements qui s’imposent.

Dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les coupes budgétaires vont s’aggraver. Conséquences : maltraitance institutionnelle pour les résidents et souffrance pour les personnels, dénonce le collectif Notre santé en danger, mobilisé le 30 janvier. « On nous pressurise depuis des années, nous sommes arrivés à un point de bascule », alerte Jean-Pierre Salvarelli, membre du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et chef de pôle au Vinatier, à Lyon, l’un des plus gros hôpitaux psychiatriques de France. L’hôpital est à l’os. La souffrance éthique et professionnelle est à son comble. Les lettres à la ministre Agnès Buzyn se multiplient pour poser les diagnostics mais aussi proposer des traitements.

Hôpital de Denain (Nord)

Les personnels et la direction de l’hôpital de Denain, près de Valenciennes, sont sonnés. Le 16 décembre, une infirmière a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail. Elle venait d’être mutée. Ses collègues l’ont trouvée à temps. Mais, le 10 janvier, un de ses collègues infirmiers a été retrouvé pendu chez lui, au soir d’un entretien avec sa direction. Comme sa collègue, il avait moins de 30 ans et avait pris de l’insuline.

« Les policiers désespérés retournent leur arme contre eux, les infirmiers, c’est leurs seringues », soupire Christophe Lauwers, secrétaire général de la section CGT de l’hôpital. Il y travaille depuis 1993. Jamais il n’a connu situation aussi dramatique. « La CGT a saisi le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail [CHSCT]. Tout le monde est très mal. Le pire, c’est de se dire que nos alertes n’ont pas été entendues. Les risques psycho-sociaux, ça n’est pas la malchance. » La direction refuse de faire le lien entre les deux drames, mais l’hôpital était en redressement depuis 2014, des postes ont été supprimés, les cadences sont devenues infernales…

« Le directeur doit faire avec les contraintes que lui impose l’Agence régionale de santé [ARS] », reconnaît Christophe Lauwers. Le plan de retour à l’équilibre prévoyait 1,2 milliard d’économies. « Mais on ne fait pas d’économies sur l’humain sans conséquences. Les collègues sont en souffrance. Parce que, quand on court d’une tâche à l’autre – administrative, logistique – sans passer de temps auprès des patients, on perd le sens de ce qu’on fait. » En Ehpad, c’est le summum : « Les aides-soignants n’ont même plus le temps de faire les soins, ils se contentent de “TMC” [“tête-main-cul”]. En psychiatrie, des sorties étaient organisées à la piscine ou en forêt. Aujourd’hui, les patients qui arrivent le matin doivent ressortir le soir. »

À ces souffrances au travail s’ajoutent celles induites à l’extérieur : « La vie familiale est lourdement impactée par nos rythmes de travail. Quand les collègues rentrent chez eux, ils sont rappelés pour des remplacements. S’ils ne peuvent pas, ils culpabilisent de laisser tomber équipes et patients. S’ils se libèrent, ils culpabilisent de laisser tomber leur famille… » Selon Christophe Lauwers, il faut revoir les cadres de fonctionnement, mais aussi soulever un problème de société : les hospitaliers sont mal considérés. « Ça se sent aux urgences, où les rapports sont parfois violents. »

Nantis ? Infirmiers et aides-soignants sont censés être aux 35 heures. Un service de l’hôpital de Denain avait dépassé les 5 000 heures supplémentaires. Un infirmier en début de carrière gagne 1 500 euros en travaillant les dimanches et les week-ends, 2 300 euros en fin de carrière. « Et les aides-soignants sont smicards en faisant matin, après-midi et soir à l’hôpital. » Comme pistes d’amélioration urgente, le syndicaliste réclame d’abord le retour des équipes de remplacement supprimées. « L’hôpital public est en plein malaise financier – la T2A [tarification à l’unité] nous a flingués – mais surtout professionnel et humain. »

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