Dossier : Sauver l'hôpital : Le cri d'alarme des soignants

Hôpital : « Entre le marteau et l’enclume »

Cadre et interne à l’hôpital, Céline et Sabrina témoignent de la dégradation des conditions d’exercice de leur métier.

Elles sont tous les jours auprès des personnels, des patients et de leurs familles. Elles ne veulent plus être traitées ni traiter les autres comme des machines. Elles veulent que les effectifs collent à la charge de travail et que le temps passé auprès des malades ne rétrécisse pas comme peau de chagrin. Elles veulent retrouver le sens du métier qu’elles ont choisi pour sa dimension humaine.

Céline

Cadre de santé

« Anciennement appelées surveillants, les cadres de santé sont des managers de proximité. On encadre l’équipe para­médicale. On s’occupe de la gestion des plannings, de l’organisation du service, du développement des compétences et des recrutements. Nous sommes responsables de la qualité et de la sécurité des soins. On accompagne les projets médicaux et institutionnels. On prend en charge l’approvisionnement en matériel et on s’assure du travail des services techniques. Diplômés après un an d’école, nous sommes issus du terrain : filières infirmières, techniciens de laboratoires, kinés, préparateurs en pharmacie.

Aujourd’hui, nous sommes pris entre le marteau et l’enclume. Les plans managériaux arrivent d’en haut sans concertation et ne sont pas toujours adaptés aux réalités du terrain. Comme 60 % du budget des hôpitaux est consacré aux ressources humaines, la tendance des politiques hospitalières, du fait de la contrainte budgétaire, est à réduire les effectifs tout en augmentant l’activité. Tout le monde est concerné : personnels médicaux et paramédicaux, mais aussi services informatiques et techniques. J’ai commencé à travailler il y a dix-sept ans : la charge de travail globale n’a cessé d’augmenter, les tâches glissant d’une fonction à une autre, ce qui nous écarte à chaque fois un peu plus du sens de notre métier. La T2A accroît le nombre d’hospitalisations, ce qui accélère les cadences. Mais, au lieu de faire coller les effectifs à la charge de travail, on crée des « process » pour « gérer le risque ».

La relation d’aide, d’accompagnement et d’écoute du patient, ainsi que la prévention secondaire (lui faire comprendre sa maladie, lui apprendre à suivre son traitement pour éviter les complications), c’est le cœur du métier des infirmières et des aides-soignants. Or, les soignants ont vu diminuer leur temps passé auprès du patient. L’infirmière qui doit se contenter d’appliquer une prescription médicale peut rentrer chez elle épuisée et avec un sentiment de dégoût de son travail.

Les situations limite, voire les burn-out, se multiplient. Il m’est arrivé de faire travailler des personnes en sachant que la surcharge de travail était trop lourde. On le fait quand même parce qu’on pense aux malades. On a souvent choisi ce métier par vocation. On donne le maximum. Dans mon hôpital, nous avons mis en place un outil d’évaluation des charges de travail pour mieux organiser le flux des patients et les répartitions en personnel, mais aussi pour faire remonter à la direction les risques engendrés : soins de moindre qualité, risque d’erreurs et d’accidents du travail, etc. Quand on travaille dans l’urgence, on se fait mal au dos en déplaçant un patient ou en manipulant une machine.

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