« Désocialiser », et puis quoi encore ?

Le Premier ministre a usé de ce mot pour annoncer que les heures supplémentaires seraient prochainement exemptées de cotisations sociales, salariales et patronales.

Michel Soudais  • 7 février 2018
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« Désocialiser », et puis quoi encore ?
© Photo : LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

La « désocialisation » est le dernier objectif avancé le 6 février, dans un Facebook live, par le chef de l’exécutif, en l’occurrence Édouard Philippe, Premier ministre et voix de son maître Emmanuel Macron, qui lors de la campagne se serait engagé, selon son factotum havrais, à _« désocialiser » les heures supplémentaires.

L’ancien maire du Havre n’a donc rien inventé. L’innovation sémantique revient une fois encore ­– on se souvient de « l’illibéralisme » – à notre Président prétendument « philosophe ». Le mot sonnera doux aux oreilles de droite, qui ont toujours rêvé d’extirper le venin du socialisme inoculé par la Révolution de 1789 sans jamais tout à fait y parvenir. Nicolas Sarkozy ne se contentait-il pas de « défiscaliser » les heures supplémentaires ? Le couple exécutif y gagnera sans doute quelques points de popularité dans cette frange de l’opinion.

L’effet le plus pernicieux, le plus nocif aussi, se niche toutefois derrière le mot. Ce qu’il recouvre. En promettant de faire en sorte qu’en 2020 le salarié et l’employeur ne payent plus de cotisations sur les heures supplémentaires effectuées, ce n’est pas uniquement une forme de travail au noir qui est réhabilité, avec tous les effets négatifs que l’on peut deviner pour les demandeurs d’emploi dont la première heure d’embauche coûtera de fait plus cher à l’employeur. En pratique, cela revient aussi et surtout à enlever au travail une part de sa fonction sociale qui est d’intérêt général.

En passant à la trappe le salaire mutualisé, au fondement de notre assurance maladie et de notre système de retraite par répartition, Emmanuel Macron et Édouard Philippe flattent l’individu pour sa satisfaction égoïste. Ce faisant ils détricotent une part du lien social au fondement de la Sécurité sociale qui fait que nous cotisons pour que chacun soit soigné selon ses besoins. C’est notre modèle social et ce qui dans notre pays fait société qui est attaqué au profit d’appétits égoïste.

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