Idrissa Ouedraogo

Le cinéaste burkinabé s’est éteint ce 18 février, à l’âge de 64 ans.

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Un cinéaste majeur s’est éteint ce 18 février, à l’âge de 64 ans : Idrissa Ouedraogo. Formé dans son pays, le Burkina Faso, puis en France, à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec), il réalise, au terme de ses études, son premier long métrage, Yam Daabo (Le Choix, 1986). La reconnaissance internationale arrive rapidement grâce à Cannes, avec ses deux films suivants, où s’expriment une grande sensibilité et une profondeur d’analyse dans les relations entre les êtres : Yaaba (Grand-mère, 1989) sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs, puis Tilaï (La Loi, 1990), en compétition officielle, où il reçoit le Grand Prix du jury.

Paradoxalement, c’est à partir de ce moment que l’aura d’Idrissa Ouedraogo diminue. Non que la qualité de ses films décline, mais ils sont devenus plus difficiles à financer (le cinéaste était aussi producteur) et n’ont plus trouvé le chemin des salles. C’est ainsi que son dernier film, Kato Kato (2006), reste inédit en France. Ce recul, concomitant de la baisse drastique des crédits venant notamment de France, est symptomatique de la situation du cinéma dans les pays africains. L’an dernier, le cinéaste la décrivait ainsi dans une interview donnée à Africultures : « L’Afrique a aidé les Français, les Allemands, les Belges à lutter contre l’impérialisme américain, mais se trouve exclue du système mondial de répartition des richesses du cinéma et de l’audiovisuel. Or toutes les chaînes de télévision africaines sont inondées par des images européennes, donc la question devient politique, et quand les films africains passent sur Canal + Afrique ou TV5, il y a très peu de droits d’auteur ! Ça veut dire que nous sommes considérés, à juste titre, comme des consommateurs, et juste comme le dépotoir des films du monde. » Il appelait aussi de ses vœux la création d’écoles de cinéma en Afrique. Surtout, Idrissa Ouedraogo continuait à se battre pour réaliser des films et en produire.


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