Dossier : Ils bravent les lois anti-migrants : Les nouveaux Justes

Migrants : Les compagnons de l’ombre

Des citoyens témoignent de leurs initiatives pour épauler les exilés livrés à eux-mêmes. En toute humilité.

À l’entrée de Ouistreham, un grand rond-point sert de balise aux jeunes exilés et aux habitants prêts à leur tendre la main le temps d’un repas, d’une discussion ou d’une partie de foot. La nuit, ceux qu’ils surnomment « les copains » dorment dans un bois. La journée, ils guettent les camions qui filent vers le port. Les rêves d’Angleterre de ces jeunes Soudanais ne se sont pas encore évaporés. Si cette route alternative vers la Manche a toujours existé, le nombre d’exilés stagnant dans cette ville normande a augmenté en 2017. « L’hiver arrivait, la ville ne voulait pas ouvrir de locaux pour les abriter et rien n’est pire que dormir dans ce bois ! Avec les personnes présentes, nous avons monté spontanément le Collectif d’aide aux migrants de Ouistreham, surnommé Camo, divisé en branches [Camododo, Camorepas… NDLR] », résume Sophie, qui préparait parfois des repas. Face à la détresse d’un jeune homme malade, cette enseignante spécialisée lui a ouvert les portes de sa maison. À partir de là, sa chambre d’amis n’est plus restée sans invités très souvent.

« En 2007, lors de l’élection de Nicolas Sarkozy, j’ai eu honte d’être française, mais ce n’était rien comparé à ce que je ressens aujourd’hui. Je veux leur montrer que la France, ce n’est pas uniquement la loi, c’est aussi perpétuer la tradition de l’accueil. » Certains propriétaires mettent leur gîte à disposition l’hiver, quand il y a moins de touristes. D’autres installent des poubelles propres ou des malles dans leur jardin pour que les migrants y déposent leurs affaires la journée, afin d’éviter que la police ne les détruise. À Calais, à Paris ou à Ouistreham, les pratiques policières restent les mêmes. Les « copains » parlent souvent des « blue police » de la ville et des « gendarmes en noir » qui leur font peur. « Nous agissons dans l’urgence, mais ça ne peut pas être pérenne », clame Sophie, qui aimerait pouvoir louer un local chauffé pour les mettre tous à l’abri.

Dans la Loire, la temporalité de l’entraide n’est pas la même qu’en Normandie. Des centaines de citoyens solidaires œuvrent quotidiennement depuis le début des années 2000, quand des familles roms arrivaient régulièrement dans la région stéphanoise. Confrontés aux squats, aux expulsions, aux injustices, les habitants se sont organisés, notamment via RESF, pour les accueillir plus dignement. Aujourd’hui, une vingtaine d’associations et deux mille donateurs aident environ cent familles. Le collectif Pour que personne ne dorme à la rue, regroupant cette myriade de bonnes volontés, est né pour agir et porter une parole politique unie, notamment face au préfet. « Les assistantes sociales nous appellent régulièrement quand elles reçoivent des familles expulsées. L’État sollicite donc des petites structures, qui ne reçoivent aucune subvention, pour faire son travail », s’indigne Virginie Goubier, secrétaire de l’association Un toit c’est tout, qui vient en aide aux personnes sans logement et accorde beaucoup d’importance à ce que ces familles soient autonomes. « Grâce aux dons, nous avons deux appartements et une maison prêtés, ainsi que deux autres logements en location », explique-t-elle.

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