Victoire des grévistes de l'Holiday Inn Clichy

Après 111 jours de grève, les salariés de la société de nettoyage Héméra ont obtenu gain de cause sur la quasi-totalité de leurs revendications.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Après 111 jours de grève, douze femmes de chambre, équipiers et plongeurs de l'Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine), employés en sous-traitance, ont obtenu gain de cause. Le mouvement avait été déclenché mi-octobre par une douzaine des 42 salariés de la société de nettoyage Héméra employés dans l'hôtel, pour s'opposer à la mutation d'une gouvernante, la deuxième en six mois. Il s'est conclu jeudi dernier après un ultime bras de fer.

À lire aussi >> Nettoyage : les forçats invisibles

« Un accord a été enfin trouvé après 111 jours de grève et pratiquement deux semaines de négociations », a annoncé Kandi Tiziri de la CGT-HPE (Hôtels de prestige et économiques). Les grévistes ont arraché « une belle victoire », a commenté Étienne Deschamps de la CNT-Solidarité ouvrière.

Ils ont obtenu la réintégration des deux gouvernantes et fait inscrire, dans l'accord, la suppression de la clause de mobilité imposée aux salariés. Les salariés mis à disposition de la société depuis plus d'un an ne pourront pas être mutés unilatéralement, sauf en cas de sanction disciplinaire ou de baisse d'activité. Le texte prévoit aussi une prime de panier de 7,14 euros par jour, un plancher de 30 heures de travail minimum par semaine (sauf si le salarié ne le souhaite pas), la prise en compte de l'habillage et du déshabillage dans le temps de travail effectif, le rétablissement de deux jours de repos consécutifs et, surtout, « le paiement à l'heure et non plus à la chambre ».

Un exemple pour les autres luttes sociales

Cela signifie « que le travail à la tâche est banni dans cet hôtel », selon Mirabelle Nsang, porte-parole du mouvement et représentante CNT-SO. « Cela fait onze ans que je me bats avec mon syndicat pour que ces revendications soient entendues », dit-elle. L'accord prévoit d'autres avancées, notamment sur les droits sociaux (chômage, retraite, Sécurité sociale, etc...) et le dialogue social, avec la création d'un « délégué de proximité » représentant les salariés de la sous-traitance auprès du donneur d'ordre. Seule ombre au tableau : les grévistes n'ont pas été intégrés, comme ils le réclamaient, au sein des effectifs de l'hôtel.

La société Héméra « a voulu saborder les négociations », ils ont pratiqué « la politique de la terre brûlée » alors que le contrat commercial avec Holiday Inn s'achève en décembre, a estimé Étienne Deschamps. Mais les dirigeants de l'hôtel ont aussi « leur part de responsabilité » car ils auraient pu « dès les premières semaines régler le problème », dit-il.

Quoi qu'il en soit, la victoire des « sous-traitants de l'hôtellerie » doit servir d'exemple pour les autres luttes sociales, selon le délégué CNT-SO. « Dans le contexte actuel de reculs sociaux, c'est un conflit qui donne à tout le monde de l'espoir. On peut gagner quand on est déterminés. »


Haut de page

Voir aussi

Le mythe du renouveau macronien dans les eaux troubles de la « raison d’État »

Tribunes accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents