La loi américaine, un modèle pour les nazis

Le juriste James Q. Whitman dévoile comment les auteurs des lois raciales de Nuremberg se sont inspirés du droit des États-Unis.

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Voici, dans une période où cet adjectif est régulièrement galvaudé, un ouvrage véritablement dérangeant pour ce qu’il révèle et rappelle. Son auteur – James Q. Whitman, professeur de droit comparé à Yale – a découvert, dans le verbatim du terrifiant séminaire durant lequel « les grands juristes de l’Allemagne » hitlérienne se sont rassemblés, le 5 juin 1934, « pour préparer les textes appelés à devenir les lois » raciales de Nuremberg, « ce fait stupéfiant » qui a été, explique-t-il, « le point de départ » de son livre : « La législation des États-Unis » a fait « l’objet, pendant cette réunion, de discussions longues et approfondies ». En effet, les nazis – à l’exception notoire de ceux, même parmi « les plus radicaux », pour qui, atroce ironie, « le droit racial américain était parfois trop raciste » – considéraient alors ce modèle comme presque parfait.

« Cette jurisprudence, déclara ce jour-là Roland Freisler [1], nous irait parfaitement, à une exception près. Pour parler concrètement, il n’y est question que des gens de couleur ou à moitié de couleur, ce qui inclut les métis et les mulâtres ; mais les Juifs, qui nous intéressent aussi, ne sont pas rangés parmi les gens de couleur. » Pis, ajoute l’auteur, cette ferveur, en 1934, n’était absolument pas nouvelle, puisque, dès la fin des années 1920, « de nombreux nazis s’étaient déjà sérieusement intéressés à la législation raciste des États-Unis » : Hitler lui-même avait fait, dans Mein Kampf, publié en 1925, « l’éloge » de ce pays – « “le seul État” au monde », selon lui, « qui avait fait des progrès vers la création d’un ordre raciste sain »

Cela, précise Whitman, n’induit nullement qu’il y aurait eu chez les nazis « une admiration sans mélange pour l’Amérique : au contraire, ils ont toujours critiqué avec véhémence les engagements libéraux et démocratiques du gouvernement américain ». Mais « il n’en reste pas moins » qu’ils « considéraient ce pays, et non sans raison, comme un leader mondial particulièrement innovant en matière de législation raciste ; et s’ils y voyaient beaucoup à déplorer, ils y trouvaient aussi beaucoup à imiter ».

Au reste, ce n’est pas uniquement la ségrégation telle qu’elle se pratiquait alors dans le sud des États-Unis qui inspirait les auteurs des lois raciales de Nuremberg. C’est bien « dans le droit américain en général » que les nazis « trouvèrent et saluèrent un précédent et une autorité », assène encore l’auteur. Puis de conclure, décidément impitoyable : « Ce qu’un nazi radical comme Freisler trouvait et admirait dans le droit racial américain au début des années 1930 existe encore dans la justice criminelle de notre pays, tout comme le problème du racisme américain, qui en est un des aspects majeurs.

[1] Futur président, nommé par Hitler, du tribunal d’exception où étaient jugées la « haute trahison » et les « atteintes à la sûreté de l’État » – et qui, sous sa présidence, prononça un nombre particulièrement élevé de condamnations à mort.

Le Modèle américain d’Hitler. Comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazis James Q. Whitman, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Jaquet, Armand Colin, 287 p., 22,90 euros.


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