Dossier : Chômeurs : Le tri par le vide

La solution au chômage ? Fliquer les chômeurs

Le projet Pénicaud va intensifier la pression sur les demandeurs d’emploi, sans leur donner les moyens de sortir de leur précarité.

Le gouvernement semblait gêné aux entournures au moment de dévoiler son arsenal de cinq mesures renforçant les contrôles et les sanctions contre les demandeurs d’emploi. Au point de nier l’évidence : non, assure la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, le dispositif ne jette aucun opprobre sur les 5,9 millions de personnes à la recherche d’un emploi. La multiplication par cinq du nombre de contrôleurs d’ici à 2020 et la nouvelle échelle des sanctions doivent au contraire améliorer l’accompagnement et tordre enfin le cou aux idées reçues.

La pirouette aura au moins déclenché l’hilarité parmi les associations de chômeurs, qui ne sont pourtant pas à la fête. Indignées, à l’instar de Solidaires SUD emploi, par un « climat détestable de suspicion généralisée », alors que le manque d’offres d’emploi est criant et que moins de la moitié des demandeurs d’emploi sont aujourd’hui indemnisés (43 %).

Le contrôle des chômeurs est un refrain qui a toujours rythmé les discussions autour de l’assurance chômage, même si la France a su préserver un niveau de solidarité supérieur à celui de ses voisins européens (1). Depuis les années 1990, l’équilibre entre les droits et les devoirs des demandeurs d’emploi penche progressivement vers une logique répressive. Nicolas Sarkozy a entonné bruyamment ce refrain à partir de 2008, en créant Pôle emploi et en lui conférant la compétence de radier les chômeurs. Plus discrètement, François Hollande a été le premier à créer au sein de Pôle emploi un corps spécifique pour le contrôle, une mission autrefois dévolue aux services du ministère du Travail (Direccte).

Le Medef excelle, lui, dans l’art d’installer une petite musique répressive qui finit par se banaliser, par exemple en agitant le chiffre de 500 000 offres non pourvues. Pôle emploi en dénombre plutôt 150 000 en 2017, dont la moitié seulement sur des contrats de plus de six mois, et note que 87 % d’entre elles avaient reçu au moins une candidature. Quoi qu’il en soit, les fantasmes ont la vie dure. Le « chômeur golfeur » des années 1970 a été remplacé dans l’imaginaire poujadiste par le demandeur d’emploi qui « part en vacances aux Bahamas », pour reprendre les mots du député LREM Damien Adam.

Le durcissement progressif des contrôles a produit des résultats très limités, selon Pôle emploi lui-même. Les investigations opérées depuis 2015 n’ont débusqué que 14 % de chômeurs ne pouvant prouver une recherche active d’emploi… dont deux tiers ne percevaient pas d’allocation. Alors que 10 % des contrôles se fondaient sur le signalement d’un conseiller et deux tiers étaient ciblés sur les « secteurs en tension », « là où plus personne ne veut aller parce que les employeurs ne payent pas les heures effectuées ou maintiennent des conditions de travail abominables », explique Rose-Marie Pechallat, conseillère retraitée.

C’est ce qui doit changer, pour le gouvernement, qui veut une « meilleure effectivité des obligations liées à la recherche d’emploi », comme on peut le lire en exposé des motifs du projet de loi. Face à cela, la principale inquiétude des associations est que cela entraîne encore plus de situations injustes, car il n’est pas toujours facile de prouver une recherche effective d’emploi. « De plus en plus de recrutements se font hors annonce, sur le “marché caché” de l’emploi », pointe Nicolas Gros, de Solidarités nouvelles face au chômage.

Les associations alertent aussi sur le sentiment de persécution déjà très présent parmi les demandeurs, qui doivent zigzaguer entre les pièges de la machine infernale qu’est devenue Pôle emploi. Les contrôles se fondent sur l’utilisation que le demandeur d’emploi fait ou non de l’outil informatique mis en place par l’établissement public. Ce qui oblige les chômeurs à l’utiliser même quand il se révèle inutile à leurs recherches, parfois dans leur seul but de laisser une trace dans leur cyberespace.

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