Syrie : Macron peine à démontrer l’efficacité des frappes

Le chef de l'État s’est même paradoxalement efforcé de minimiser l’impact de son action militaire.

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Comme on pouvait s’y attendre, l’entretien du président de la République avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel s’est ouvert sur une longue séquence consacrée à la Syrie. Emmanuel Macron a peiné à démontrer l’efficacité des frappes menées conjointement par la France, les États-Unis et le Royaume-Uni contre des sites de production d’armes chimiques. Certes, il a affirmé que « l‘intégralité des objectifs avaient été atteints », et il a revendiqué, de façon d’ailleurs très discutable, la « légitimité » de cette opération. Mais il n’a guère été convaincant sur l’articulation entre cette action et la relance d’une initiative diplomatique.

« Cette frappe était indispensable, a-t-il seulement prétendu, pour redonner de la crédibilité à la communauté internationale. » Mais il a surtout reconnu qu’elle visait à retrouver une crédibilité « par rapport aux Russes », critiquant implicitement le recul de Barack Obama en 2013 qui a pu constituer aux yeux de Vladimir Poutine un « aveu de faiblesse ». Si Emmanuel Macron a confirmé son intention de prendre part à une conférence réunissant le Turc Erdogan, Poutine et l’Iranien Rohani, la question reste posée : les bombes françaises ont-elle facilité cette rencontre ? Dimanche soir, le président de la République n’en a pas apporté la preuve.

Prévenant d’autres critiques, et niant tout parallèle avec l’intervention de mars 2011en Libye, il a ensuite souligné que la France « n’a pas déclaré la guerre à Bachar Al-Assad ». Paradoxalement, il s’est finalement efforcé de minimiser l’impact de son action militaire. Enfin, on aura noté, au terme de cette séquence, son souci de se démarquer de Donald Trump, notamment lorsqu’Edwy Plenel a rappelé que l’obsession du Président américain était de remettre en cause l’accord sur le nucléaire iranien violemment contesté par Israël.

Comment être assuré que la France n’est pas engagée dans un engrenage guerrier ? La crainte est d’autant plus vive que Paris s’est ostensiblement engagé au côté de l’Arabie saoudite lors de la récente visite du prince héritier Mohamed Ben Slimane. De là à imaginer que l’intervention française en Syrie s’inscrit dans une stratégie plus vaste, et très inquiétante, aux côtés des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, il n’y avait qu’un pas. Prenons au moins note qu’Emmanuel Macron a redit son attachement à l’accord avec l’Iran. Même si les mots et les actes ne sont pas en parfaite cohérence. Le risque des frappes de samedi, c’est d’intégrer la France à une ligne de front qui l’engage dans un combat bien éloigné du sort du peuple syrien.


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