Des mots pour dire l’horreur des camps

Avec « Sonderkommando Auschwitz-Birkenau », diffusé ce mercredi 23 mai sur Arte, Emil Weiss fait résonner les voix de ces commandos spéciaux, témoins ultimes de l’extermination.

Jean-Claude Renard  • 22 mai 2018
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Des mots pour dire l’horreur des camps
© photo : AURIMAGES / AGLILEO / AURIMAGES

Dans les jours qui ont suivi l’entrée de l’Armée rouge dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau, fin janvier 1945, plusieurs manuscrits ont été retrouvés enfouis sous les cendres, autour des crématoires, dans des emballages de fortune. Des manuscrits, signés Zalmen Gradowski, Leib Langfus et Zalmen Lewental, rédigés en yiddish.

Les auteurs ont été « sonderkommandos ». C’est-à-dire faisant partie de ces équipes spéciales de déportés sélectionnés par les SS, ayant la charge du fonctionnement des crématoires et des installations annexes à la mécanique de mort conçue par les nazis : les salles de déshabillage, les chambres de gazage, les fours et les fosses d’incinération.

Ces manuscrits, rarement connus, constituent la littérature la plus terrifiante de ce que les nazis ont appelé la « solution finale de la question juive », écrits avec un souci du détail, un recul ahurissant au moment des faits, révélant exactement la volonté nazie et le processus d’extermination à Auschwitz.

Nombre de sonderkommandos ont été exécutés pour ne laisser aucune trace. C’est le cas des trois auteurs de ces textes. Zalmen Gradowskia est tué à la suite du soulèvement armé des sonderkommandos du crématoire 3 en octobre 1944, avec 451 de ses compagnons ; les deux autres ont été abattus deux mois avant la libération du camp. Seuls quelques-uns ont survécu, profitant de la précipitation des SS avant l’arrivée des soldats soviétiques le 27 janvier 1945. Quatre d’entre eux ont témoigné auprès du tribunal de Cracovie en mai 1945. 

Sur l’âpre sujet, Emil Weiss livre une lecture en voix off de ces manuscrits, sur des images actuelles d’Auschwitz-Birkenau. Plans fixes panoramiques et travellings sur les ruines du camp, les décombres, les baraquements et la végétation qui s’est installée. Sur ces images, un discours sans pathos, froid. Aucun artifice. C’est aussi l’un des intérêts de ce documentaire.

Sonderkommando Auschwitz-Birkenau, d’Emil Weiss, ce mercredi 23 mai, à 22h40 (52’), sur Arte, et sur Arte+7, jusqu’au 30 mai.

Cinéma
Temps de lecture : 2 minutes
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