Dossier : Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Mayotte : Décolonisation inachevée

« En Polynésie, la souveraineté politique est envisageable »

Membre du parti indépendantiste Tavini Huiraatira* depuis 2013, Moetai Brotherson plaide pour l’installation d’un processus d’autodétermination.

Après en avoir été retirée en 1963, la Polynésie française a obtenu en 2013 sa réinscription sur la liste des territoires « à décoloniser » de l’ONU. Une mince victoire pour cet ensemble d’archipels du Pacifique, qui souhaite que les discussions pour mettre en place un processus d’indépendance soient amorcées. Sans grand succès jusqu’ici, déplore Moetai Brotherson, le seul député du parti indépendantiste à l’Assemblée nationale.

La Nouvelle-Calédonie décidera de son indépendance par référendum le 4 novembre. Où en est la Polynésie ?

Moetai Brotherson : Nous n’en sommes pas du tout au même stade. En Polynésie, aucun processus d’autodétermination et d’indépendance n’a été mis en place. Tout comme la Nouvelle-Calédonie, nous disposons d’un statut départageant les prérogatives de l’État et celles de la collectivité, mais notre indépendance reste limitée à ça. L’État conserve les compétences régaliennes (monnaie, justice, défense, immigration…), et l’exécutif local, qui dispose de ministres et d’un président, est compétent en matière de santé ou d’éducation. Certains domaines sont partagés, comme la fiscalité. La Polynésie ne prélève pas d’impôts sur le revenu : 60 % des impôts que nous percevons sont des taxes indirectes, pour la majorité sur la consommation. Dans un territoire où toute l’économie est fondée sur les importations et dont les capacités de production sont faibles, cela représente une manne importante.

Cette fiscalité, c’est l’État français qui l’a construite. Structurellement, le rôle du colonisateur est de rendre la colonie dépendante. C’est réussi : un tiers de nos ressources provient de l’État français. Le PIB de la Polynésie est de 600 milliards de francs Pacifique (soit 5,3 milliards d’euros) et nous percevons 240 milliards de francs Pacifique d’aides publiques.

En 2013, le président de l’époque, Oscar Temaru, a obtenu que la Polynésie soit réintégrée dans la liste des territoires à décoloniser. Pourquoi en avait-elle été retirée ?

La liste a été créée en 1946 et la Polynésie y a figuré jusqu’en 1963. Cette année-là marque l’installation du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) et le début des essais nucléaires en Polynésie. Face à l’ONU, la France du général de Gaulle était claire : « Pas question que les Nations unies viennent mettre le nez dans les affaires nucléaires. » Depuis la création du parti par Oscar Temaru, en 1978, Tavini Huiraatira s’est fait un devoir d’obtenir la réinscription sur la liste. Dès lors, nous avons dû faire face à une opposition brutale de la part de la France. Les pays qui nous soutenaient nous ont rapporté avoir été l’objet de menaces. Comment expliquer ce détestable lobbying ? Les efforts d’Oscar Temaru et du sénateur Richard Tuheiava ont cependant fini par payer, et la Polynésie figure de nouveau sur la liste des pays à décoloniser depuis le 17 mai 2013. À l’époque, pour la France, ça a été un terrible camouflet. Et ça l’est toujours.

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