L’Éducation nationale, école de la précarité

Des précaires de l’Éducation nationale manifestaient mercredi devant le rectorat de Paris pour revendiquer le renouvellement de leurs contrats et un meilleur statut.

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N i sélection, ni précarisation, plus de moyens pour l’éducation », la banderole accrochée sur les grilles du rectorat de Paris résume les revendications de la centaine de personnes, lycéens et salariés de l’Éducation nationale, présente mercredi 30 mai. C’est l’Assemblée des précaires de l’éducation, collectif créé il y a deux ans en région parisienne pour soutenir les droits du personnel contractuel, qui appelle à la mobilisation. Au moment où le rectorat renouvelle les postes, ils veulent faire entendre leurs revendications : reconduction de tous les contrats et refus du « non-renouvellement sanction » sont les premières demandes. Plusieurs d’entre eux ont fait grève cette année pour dénoncer leur situation, notamment le 5 avril, lors de la grève nationale des précaires de l’éducation, et ils ont peur d’être sanctionnés pour leur implication.

Pour eux, les raisons de protester ne manquent pas : « Il y a vraiment une souffrance au travail dans l’éducation vous savez, on ne raconte pas n’importe quoi », insiste Manuel, représentant syndical à SUD Éducation et AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) sur Paris. C’est le métier le plus représenté parmi les précaires présents, et ce n’est pas un hasard, leur situation étant particulièrement instable. Un accompagnateur d’élèves handicapés peut enchaîner les CDD pendant six années, sans obligation d’être embauché en CDI par le rectorat à la fin de cette période. Selon Manuel, le délégué syndical, l’académie de Paris propose trois contrats de 1, 2 et 3 ans pour couvrir ces 6 années.

Mais ce n’est pas le cas partout, Sandrine, après deux années en AVS (auxiliaire de vie scolaire), en contrat aidé auprès de deux enfants handicapés vient de passer AESH, mais le rectorat de Créteil, dans le « 94 » en banlieue parisienne, lui a proposé un CDD de trois mois pour commencer. Elle suivra deux enfants dans des écoles différentes, l’un quatre heures et l’autre vingt heures par semaines. « Je n’avais jamais entendu parler de ça avant, c’est une gestion par le stress », commente-t-elle, dépitée.

Carences de la gestion des contractuels

À l’incertitude s’ajoutent les bas salaires : Frédérique travaille vingt-quatre heures par semaines dans un collège parisien en tant qu’AVS pour 720 euros par mois. Mais elle ne se plaint pas car elle est intégrée à l’équipe pédagogique. « Ce n’est pas le cas de tout le monde, j’ai une amie qui n’a même pas été invitée à la réunion de suivi de l’enfant dont elle s’occupait », s’indigne Florise, 30 ans, elle-même AESH dans un établissement parisien. Elle lie cela à leurs statuts de précaires, « on est invisibilisés parfois ».

De l’audience avec le rectorat, Manuel, le délégué syndical, contacté par téléphone, ne retient pas grand-chose. Selon lui, ils ont « encore essayé d’individualiser les situations alors qu’on voudrait une réponse collective et ils rejettent les revendications budgétaires et statutaires au niveau du ministère ». Pour le personnel présent, professeurs contractuels et titulaires, AVS, AESH ou AED (assistant d'éducation), la lutte doit être collective pour être efficace. Un récent rapport du sénateur Les Républicains Gérard Longuet, ministre de la Défense sous Nicolas Sarkozy, reconnaît les carences de la gestion des contractuels :

Malgré des effectifs en croissance constante, le ministère de l’Éducation nationale ne semble pas s’être doté d’une véritable « doctrine d’emploi » des personnels contractuels (…). Par ailleurs, la formation, tant initiale que continue, des non-titulaires apparaît très insuffisante.

Mais la réponse apportée l'est dans le cadre des restriction budgétaires, aussi peut-on lire que la hausse du nombre de contractuels risque « d’ouvrir la voie à un plan de titularisation, ce qui, dans le contexte actuel des finances publiques, semble délicat ». Un discours à des années-lumière de celui du lycéen au mégaphone qui crie : « Le problème ce n’est pas le lycéen, ce n’est pas l’étudiant, ce n’est pas l’enseignant, mais c’est la politique d’austérité ».


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