L’ENS, au-delà de l’occupation

L’École normale supérieure, fermée administrativement ce vendredi suite à une tentative d’occupation nocturne, rouvrira ses portes lundi. De leur côté, les étudiants mobilisés de l’établissement comptent bien continuer à participer aux luttes sociales en cours.

Alexandra Scappaticci  • 4 mai 2018
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L’ENS, au-delà de l’occupation
photo : L'ENS rue d'Ulm jeudi 3 mai 2018.
© Alexandra Scappatcicci

L’École normale supérieure, rue d’Ulm à Paris, rouvrira ses portes lundi 7 mai, a indiqué à l’AFP la direction de l’établissement. Elle est restée fermée aujourd’hui. Hier, jeudi 3 mai, ses alentours étaient totalement bloqués par des CRS et gendarmes mobiles. Vers 17 heures, une vingtaine de fourgons étaient encore présents et l’école toujours bouclée. À l’intérieur, une quarantaine d’occupants, présents depuis la veille au soir – plus nombreux durant la nuit –, « patientaient au soleil ». Placés en terrasse au bout de la rue, leurs camarades attendaient le dénouement de la situation en débattant des événements de la veille.

Le mercredi 2 mai, un « colloque intempestif », suivi d’un « buffet inter-luttes », était organisé par les étudiants mobilisés de l’ENS et le Comité d’initiative d’Île-de-France, un « organe de convergence des luttes » regroupant des salariés de divers secteurs, des étudiants… Intitulé « Mort de l’université, vie du savoir », le colloque a réuni Giorgio Agamben, un philosophe italien ; Antonia Birnbaum, une philosophe française ; l’économiste Frédéric Lordon, figure des Nuits debout ; Johanna Siméant-Germanos, professeure de science politique ; un membre du collectif Résome – Réseau Études supérieures et orientation des migrant.e.s et exilé.e.s, ainsi que des occupants d’universités franciliennes. Des postiers en grève des Hauts-de-Seine et des cheminots ont également pris la parole. Près d’un millier de personnes y ont assisté, dont des élèves et anciens élèves de la prestigieuse école, et des personnes extérieures à l’établissement.

Pour Étienne, ancien élève, ce colloque répondait à des interrogations récurrentes dans les conversations entre certains normaliens :

L’université se vide de son sens, pour proposer des parcours de formation et des voies d’insertion sur le marché professionnel. Comment retrouver quelque chose qui relève de la puissance émancipatrice de la connaissance ? De plus, cette mesure de la sélection, qui est une technique du gouvernement appliquée dans plein de domaines – la sélection des bons et mauvais zadistes, des chômeurs qui veulent travailler de ceux qui veulent profiter, la sélection des migrants qui ont du potentiel économique et ceux qui n’en n’ont pas – est désastreuse.

À l’issue du colloque, l’idée d’occuper les lieux a été lancée, et de fait suivie. Pour autant elle n’a pas été votée par l’assemblée générale organisée ce même soir. Rendez-vous a été pris à 8h30 le lendemain pour négocier avec la présidence les conditions de l’occupation : « Une salle pour se réunir, une pour dormir, une pour cuisiner, et un accès à la cour ». Pas question pour les membres du comité de mobilisation, un peu dépassés par cette occupation imprévue, de bloquer le site mais juste une volonté « d’ouvrir les portes de cette école très sélective à tous, pour se rassembler et réfléchir aux mouvements sociaux actuels ».

Dans la nuit, des dégradations ont été commises, fermement condamnées par la plupart des étudiants, mobilisés ou non.

Après une journée de négociations infructueuse avec les présidents adjoints, les occupants ont d’eux-mêmes quitté des lieux. La présence massive des forces de police et de gendarmerie laissait déjà présager de l’issue des débats. Toutes les demandes formulées par les étudiants mobilisés ont été rejetées. Pour autant, le comité de mobilisation, passé de 25 à une centaine de personnes entre fin février et mai, compte bien poursuivre son travail d’information et « d’éveil des consciences ».

Dans leur viseur, la loi ORE et la défense du service public, et un axe plus local visant notamment à soutenir les personnels précaires. « Les gouvernements successifs comptent sur la bonne volonté des profs et leur passion pour leur métier pour qu’ils fassent bien leur boulot, quelles que soient les conditions de travail et de rémunération. Les vacataires sont très nombreux, parfois payés six mois après, c’est scandaleux. La réforme du rail, c’est une catastrophe. Sur le fond le gouvernement n’a aucun projet de société autre qu’un projet comptable. Or, la transmission des savoirs, tout comme les services publics, ne peuvent pas être envisagés dans une logique de profit », selon Paul-Marie, étudiant en master de sociologie.

Même son de cloche du côté de Victor*, étudiant en philosophie : « Toutes les luttes sont liées, c’est à chaque fois une même logique qui touche les différents secteurs, celle de la gestion par l’économie, ça va donc de soit de faire des actions en commun et de trouver ensemble le moyen d’imposer un rapport de force, ce qu’on a déjà commencé à mettre en place ».

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