Martine Landry, résistance et chocolat

Poursuivie pour délit de solidarité, celle que les militants surnomment « Titine », 73 ans, pilier d’Amnesty International à Menton depuis quinze ans, sera jugée le 30 mai à Nice.

S 'ils nous interrogent, dis que je suis ta grand-mère », souffle Martine Landry à son accompagnateur du jour, sans quitter des yeux les quatre policiers qui fouillent chaque train arrivant de Vintimille. Comme elle le fait deux ou trois fois par semaine, cette hyperactive aux cheveux blancs scrute soigneusement les agissements des forces de l’ordre à la gare de Menton-Garavan et à la frontière franco-italienne. Arrêtent-ils des migrants ? Ceux-ci sont-ils mineurs ? Remplissent-ils un formulaire de refus d’entrée ? Conduisent-ils les migrants au poste de la police aux frontières (PAF) ou les renvoient-ils directement en Italie ? Autant de questions devenues instinctives pour cette militante d’Amnesty International depuis plus de quinze ans.

Les innombrables heures d’observation et les milliers de photos prises par Martine ont alimenté de précieux documents et permis aux avocats de passer à l’action (1). « Les autorités savent que ces observations ne servent pas seulement à rédiger de jolis rapports », souligne Me Damiano, avocate niçoise spécialiste du droit des mineurs et des étrangers. Depuis six mois, Martine Landry a rejoint la liste des « délinquants solidaires » : poursuivie pour avoir « facilité l’entrée de deux mineurs étrangers en situation irrégulière » sur le territoire français, en les ayant convoyés « pédestrement ». « Je soutiens qu’il n’y a pas eu de délit. Un mineur est soit isolé, soit avec sa famille, mais n’a pas l’obligation d’avoir un titre de séjour. Et dans tous les cas, en France, on doit le mettre à l’abri selon la loi ! » s’indigne Me Damiano, devenue son avocate.

L’histoire qui a conduit Martine Landry devant le tribunal correctionnel de Nice commence au mois de juillet 2017. Lors d’une mission d’observation, cette retraitée de 73 ans voit des mineurs conduits par des policiers italiens à la PAF, pour en ressortir aussitôt, seuls. Elle saute dans sa voiture et les retrouve avant qu’ils n’atteignent la gare de Menton-Garavan. Deux jeunes Guinéens lui racontent qu’ils étaient chez Cédric Herrou, dans la vallée de la Roya, et qu’ils ont fait une demande à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), car ils sont mineurs. Ne pouvant rien faire de plus, Martine prévient les policiers, les associations et les avocats de son réseau. Deux jours plus tard, Me Damiano la prévient que les deux adolescents sont au poste de frontière italien. « Je demande alors aux policiers italiens de les retenir le temps que j’atteigne le panneau France pour les accueillir et les amener à la PAF. Trois heures plus tard, les deux jeunes étaient bien placés en foyer d’accueil. Les enfants étaient protégés, j’avais fait mon boulot », raconte Martine.

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