À Sète, une bruyante mobilisation contre le centre de rétention

Le collectif ExCRAdition générale fédère militants et étrangers « retenus » dans des actions pour dénoncer les violences du CRA sétois.

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D es grèves de la faim au centre de rétention administrative (CRA) de Sète, il y en a régulièrement ! Mais peu le savent », explique Tieri Briet, du collectif ExCRAdition générale (1). Alors, quand trois Marocains refusent de s’alimenter pendant deux semaines, il devient lui aussi gréviste de la faim et s’enchaîne à la grille du CRA le 11 juin. Piquet de grève, assemblée générale quotidienne, tour de veille, moments de partage… La revendication est simple : en finir avec « la traque, le harcèlement, l’enfermement et la déportation systémique des étrangers sans papiers ».

Puis, le samedi 16 juin, des « retenus » entament une grève des plateaux ; ils refusent de monter au réfectoire et de manger les repas servis. La police aux frontières (PAF), qui dirige ce centre ouvert en 1993, interdit alors l’entrée de nourriture extérieure. Les grèves de la faim font long feu. Dimanche 24 juin, Tieri Briet arrête aussi, et c’est l’occasion pour le collectif de faire du bruit, en venant le déchaîner de la grille avec une fanfare.

Peu après, le même jour, un jeune refuse de s’alimenter (il refuse toujours). Son bras, mal remis d’une fracture, le fait hurler de douleur et il demande à être hospitalisé. Voici un exemple des « actes désespérés » en augmentation, notés par les associations (2) accompagnant les retenus. « Ces grèves sont faites de manière un peu anarchique, explique Tieri Briet. C’est leur seul recours pour protester. »

Fantaisie et colère

En revanche, ce n’est pas le seul moyen qu’emploie ExCRAdition générale, ce collectif né le 30 mars et nourri de l’historique sétois : « Une poignée de militants ont commencé par tenter d’empêcher les expulsions par bateau vers le Maghreb ; depuis huit ans, le Réseau éducation sans frontières (RESF) fait des visites aux enfermés qui peuvent passer jusqu’à 45 jours dans ce centre, en attendant d’être renvoyés ou pas dans leur pays d’origine. » (3)

ExCRAdition générale veut d’abord dire l’existence du CRA, en quasi centre-ville, bien planqué dans un immeuble bourgeois, qui peut « accueillir » 28 personnes. Et en faire sortir les mots. Encore faut-il y entrer. Visiter un CRA relève de la mission impossible, à moins d’être député ou de faire partie des très rares journalistes autorisés, malgré les dispositions prévues par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda), régissant notamment les CRA. Par contre, pour rendre visite à un enfermé, il suffit d’avoir des papiers en règle et le nom de la personne qui accepte la visite.

Mais comment faire si on n’y connaît personne ? Pierre le circassien et Mathieu le poète raconte comment des militants ont trouvé la parade : la cabine téléphonique ! « Ils ont appelé, quelqu’un a décroché, raconte Pierre. Ils lui ont proposé de porter son témoignage hors du CRA. Et depuis, cela n'a pas cessé. » Murs de Sète tapissés, « CRAieurs » de rue, sites internet, les mots des visités et des visiteurs – fonctionnant si possible en binôme – se font régulièrement entendre. Avec fantaisie et colère.

« Depuis le début, nous avions décidé de faire sortir les paroles, et les corps », explique Tieri Briet. Paradoxalement, alors qu’en 2016, sur les 351 personnes internées à Sète, 53,3 % ont été libérées, arrêter des expulsions illégales relève de la mission impossible.

Visites interdites, refus de soin, violences

L’histoire la plus tragique, et qui a partie liée à la grève de la faim de Tieri Briet, est celle d’Aly Sidibé, lycéen à Montpellier. Ce jeune Ivoirien, dont la minorité était contestée, a été expulsé au petit matin vers son pays d’origine, alors même que son acte de naissance, prouvant son âge, était envoyé de Côte d’Ivoire. L’arbitraire en CRA est une chose courante et n’épargne pas les mineurs étrangers isolés (MEI), malgré le protocole national de mise à l’abri, d’évaluation et d’orientation des mineurs étrangers, signé le 31 mai 2013.

Visites interdites hors famille (avec livret), refus de soin, violences hors caméra… Ces derniers jours, le CRA de Sète a été particulièrement touché. « Dimanche soir, après le repas, écrit Pablo, un détenu (...) est saisi à la gorge, plaqué contre le mur, traîné dans les escaliers, puis enfermé dans le parloir, à l’abri des caméras. Ses codétenus font bloc, ils menacent de se soulever. Il sera libéré au bout d’une demi-heure, des marques sur le cou encore visibles. »

Cette violence n’est pas l’exception. Au seul CRA de Sète, note le rapport 2017 de l’association Forum Réfugiés, « plusieurs retenus ont évoqué des traitements dégradants par certains policiers, voire des violences. Des plaintes ont été portées auprès du procureur, par notre intermédiaire ou par celui des agents de police de la SPAF ; elles ont toutes été classées ». Une situation insoutenable qu’ExCRAdition générale entend bien combattre à Sète. Se dessinent donc de nouveaux combats : ouvrir la « première zone d’accueil à Sète » et inviter tous les anti-CRA des 24 autres centres français à un grand CRAnaval d’automne.


(1) À retrouver sur son site web ; son blog de Mediapart ; sur Facebook.

(2) Depuis 2009, six associations travaillent dans les centres (Cimade, Forum Réfugiés-Cosi, France Terre d’asile, Ordre de Malte, Solidarité Mayotte). Auparavant, la Cimade était la seule association en charge des droits dans les CRA.

(3) Communiqué d’exCRAdition générale du 19 juin.


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