Maroc : « Le boycott fait trembler l’ordre établi »

Trois marques d’eau, de lait et de carburants sont massivement boudées par les Marocains. Omar Balafrej voit dans cette action une volonté de rediscuter le contrat social.

Patrick Piro  • 13 juin 2018 abonné·es
Maroc : « Le boycott fait trembler l’ordre établi »
photo : Centrale Danone a dû réduire ses approvisionnements de 30 %.
© ONLY WORLD/Only France/AFP

Depuis le mois de mars sévissait à bas bruit le boycott économique de plusieurs marques commerciales au Maroc. Et puis, fin avril, un billet anonyme posté sur une page Facebook appelle les consommateurs à ne plus acheter trois produits d’enseignes emblématiques, car très dominantes sur le marché local : le lait Centrale Danone, l’eau minérale Sidi Ali et les carburants des stations Afriquia, dénoncés pour leurs prix excessifs.

Et, soudain, le boycott décolle pour se propager dans tous le pays, mobilise massivement et à tous les échelons de la société. Selon les évaluations, près de 50 % de la population marocaine adhérerait à l’opération, sans qu’elle soit pilotée ni qu’il soit possible de l’attribuer en propre à un groupe citoyen ou politique. Très actif, ce boycott a connu un rebond spécifique lors du ramadan, qui a débuté le 16 mai, avec le refus des consommateurs d’acheter des sardines, mets très prisé lors de la rupture du jeûne religieux le soir et dont les prix avaient opportunément explosé – un quasi-triplement. Sous la pression, et en quelques jours seulement, les commerçants ont dû ramener les prix à leur niveau habituel. L’analyse d’Omar Balafrej, l’un des deux députés que compte la Fédération de la gauche démocratique au sein du Parlement (365 membres).

Quels sont les principaux éléments déclencheurs du boycott en cours ?

Omar Balafrej : Le Maroc s’est sporadiquement trouvé aux prises avec des mouvements de colère contre le prix élevé de denrées de consommation courante au cours des cinq dernières années. Mais ces tentatives de boycott n’ont jamais atteint l’ampleur de celui qui s’est installé depuis près de deux mois maintenant. Il faut dire que la crise économique s’est amplifiée ces dernières années. Le taux d’emploi, indicateur plus pertinent chez nous que le taux de chômage, est tombé très bas : à peine 42 % des personnes de plus de 16 ans ont un

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