Migrations : « Un projecteur sur les aidants »
Le dessinateur Edmond Baudoin publie, avec son complice Troubs, Humains. La Roya est un fleuve. Un carnet de portraits de migrants et de ceux qui leur portent secours. Il explique ici sa démarche et son engagement.
dans l’hebdo N° 1508 Acheter ce numéro

Ils étaient à Vintimille puis dans la Roya, près des migrants, avec les nouveaux Justes (lire Politis n° 1489). Ils racontent l’humilité des arrivants, la bonté des aidants. Le trait noir et épais d’Edmond Baudoin s’entremêle pour la troisième fois avec le crayon fin de Troubs. Déjà, les deux auteurs avaient réalisé deux reportages (1) sur les déplacés de Colombie et les candidats mexicains au « rêve américain ». Troubs, qui se définit comme un dessinateur-voyageur, est un habitué des carnets de route. Baudoin, lui, est un voyageur de l’âme, dont il sait tracer les contours sensuels, les tourments et les plaisirs. À 76 ans, ce maître de la BD n’abdique rien, ni de son art ni de son humanisme profond. Un engagement qui n’a pas besoin de slogans pour exister. Le trait courbé suffit.
Dans un entretien à Politis (n° 1504), Erri De Luca disait son amour de la montagne, lieu de passages. Vous, le Niçois d’origine italienne, c’est la mer qui vous inspire. Pourtant, vous refusez désormais de vous baigner dans la Méditerranée…
Edmond Baudoin : Je la boude, je suis mal à l’aise avec cette mer que j’aime tellement. Savoir que, quand je suis dedans, quelqu’un s’y noie… Je sens la personne qui se noie, je suis avec elle. Cette mer-là, je l’aime trop.