Comment le RN a monté en épingle l’enfarinement de Bardella pour s’attaquer aux syndicats

Après avoir qualifié son enfarinement de « non-événement », Jordan Bardella et des députés du Rassemblement national ont été jusqu’à interpeller le ministre de l’Éducation nationale pour infamer les « syndicats d’extrême gauche » qui encourageraient « la violence politique ».

Pauline Migevant  • 5 décembre 2025 abonné·es
Comment le RN a monté en épingle l’enfarinement de Bardella pour s’attaquer aux syndicats
© JOEL SAGET / AFP

Il a fallu peu de temps au Rassemblement national pour transformer ce que Jordan Bardella, tout juste enfariné, avait qualifié de « non-événement » en des attaques contre les « syndicats d’extrême gauche ». Après sa visite contrariée à la foire de Vesoul, le 25 novembre, le président du Rassemblement national a immédiatement réagi : « Jean Moulin a fait mieux par le passé », affirme-t-il dans la foulée, dans une sorte de parallèle pour le moins étonnant.

De son côté, l’enfarineur, un jeune de 17 ans, lycéen à Vesoul, est placé en garde à vue près de 24 heures pour « violence sur personne chargée d’une mission de service public ». Jordan Bardella, ainsi que les députés RN de Haute-Saône Émeric Salmon et Antoine Villedieu, dépose plainte. Mais « l’affaire » ne fait que commencer.

Le lendemain de l’enfarinement, dans un courrier daté du 26 novembre, Antoine Villedieu et Émeric Salmon écrivent à la directrice académique pour « attirer son attention » sur un témoignage de parent d'élèves, relayé dans « Les Grandes Gueules » sur RMC. « Ce qui m'interpelle », disait le témoignage anonyme, « c'est que les profs disaient aux enfants de ne pas faire de selfie avec Bardella. Ils orientent le discours et dirigent les gamins ».

Dans leur courrier à la directrice académique, les députés évoquent une « atteinte au principe de neutralité » et demandent d’indiquer si « des éléments internes confirmaient, infirmaient ou contextualisaient le témoignage », de préciser « le cas échéant » quelles « mesures d’encadrement » étaient envisagées et de les « tenir informés des suites administratives éventuelles ».

Que des jeunes expriment leur désaccord à l’égard d’un responsable politique visiblement en campagne est une réalité démocratique.

Syndicats

Deux jours plus tard, les organisations syndicales FSU 70 et CGT 70 publient un communiqué. « Transformer un geste symbolique, certes inapproprié mais sans aucune conséquence matérielle ni physique, en deux plaintes successives relève du spectaculaire plus que du raisonnable », écrivaient-ils. « L’élève mis en cause est connu de toute la communauté éducative pour son sérieux et son comportement irréprochable. »

Ils poursuivaient : « Que des jeunes expriment leur désaccord à l’égard d’un responsable politique visiblement en campagne est une réalité démocratique. Non, la jeunesse n’est pas uniformément ralliée à Jordan Bardella ni au RN. »

« Le sentiment qu’ils réclament au gouvernement de nous fliquer »

Il n’en fallait pas plus pour que le Rassemblement national fustige « les syndicats d’extrême gauche » dans un communiqué du 29 novembre. Les élus corsent leur interprétation du témoignage du parent d'élève. Pour eux, il « fait état, d’une possible incitation, au sein du lycée Belin, à adopter un comportement politique hostile lors de cette visite ». Pour eux, le communiqué des

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Akim Omiri : « Nos vies valent plus que quelques vitrines cassées »
Démocratie • 5 novembre 2026

Akim Omiri : « Nos vies valent plus que quelques vitrines cassées »

Intellectuel·les, artistes, membres de la société civile… Ils et elles analysent la crise autoritaire que nous vivons aujourd’hui. Et remontent le fil de ses origines, décodent ses manifestations, expriment leurs inquiétudes profondes mais aussi leurs espoirs, et proposent des voies de résistance. (2/15)
« Les manifestants ne sont pas des ennemis » : des membres des forces de l’ordre contestent la stratégie répressive
Maintien de l'ordre • 5 novembre 2026

« Les manifestants ne sont pas des ennemis » : des membres des forces de l’ordre contestent la stratégie répressive

Après les manifestations des 17 et 24 octobre, quatre policiers et gendarmes interrogent l’évolution d’un maintien de l’ordre devenu toujours plus offensif. Manque d’effectifs, formation, usage des grenades et décisions politiques : leurs critiques visent aussi bien les pratiques de terrain que les choix de leur hiérarchie.
Par Maxime Sirvins
Un 5 novembre de grève et de manifestations
Mobilisation • 5 novembre 2026

Un 5 novembre de grève et de manifestations

Politis a couvert cette nouvelle journée de manifestations dans tout le pays, avec un appel à la grève générale de l’intersyndicale. Nos journalistes ont suivi les événements notamment dans la région de Grenoble (Voiron), au Mans dans la Sarthe, et à Paris pour faire remonter les images et revendications des cortèges et des grèves.
Par Politis
« Le gouvernement s’autorise de plus en plus à freiner toutes possibilités d’expression démocratique »
Entretien • 5 novembre 2026 abonné·es

« Le gouvernement s’autorise de plus en plus à freiner toutes possibilités d’expression démocratique »

Ce 5 novembre, une journée de grève et de manifestations suivie par les salarié·es du public comme du privé, la coordination des gilets jaunes, les mouvements lycéens et étudiants, est attendue partout en France. Une convergence des colères que Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, appelle à exprimer durablement dans la rue.
Par Céline Martelet