À Rennes, l’errance des mineurs isolés, abandonnés par l’État

Plus de 3 200 jeunes étrangers attendent en France qu’un juge reconnaisse leur minorité. Pendant des mois, ces adolescents vivent à la rue, sans école ni protection. À Rennes, des bénévoles tentent de combler les failles d’un système qui bafoue les droits fondamentaux de l’enfant.

Itzel Marie Diaz  • 5 décembre 2025 abonné·es
À Rennes, l’errance des mineurs isolés, abandonnés par l’État
Manifestation de mineurs isolés, à Paris, en 2023. Photo d'illustration.
© Zoé Cottin.

Comme pour se couper du monde, Hilaire a son casque de musique vissé sur les oreilles. Originaire de République démocratique du Congo, il fait partie des 39 mineurs isolés qui s'apprêtent à être délogés. À 6 h 30 précises, les phares des fourgons de la gendarmerie balaient les fenêtres de l'Espace social commun Simone Iff, à Rennes. 145 personnes en exil occupent les lieux depuis le 28 octobre dernier. Le tribunal administratif a ordonné leur évacuation (1).

Le jeune homme garde en mémoire la matinée du 23 octobre. Ce jour-là, son campement a été démantelé à quelques mètres d’ici, dans le parc de Maurepas. « C'était encore la nuit, il pleuvait, se souvient-il. La police avait bloqué les rues alentour. » Depuis son arrivée en France, en avril 2025, cet adolescent enchaîne les hébergements précaires, les évacuations, les nuits dehors.

Ni majeurs, ni mineurs

En France, 3 273 jeunes étrangers sont actuellement en recours pour faire reconnaître leur minorité (2).

Quand le conseil départemental conteste leur âge, ces adolescents peuvent saisir un juge des enfants. Mais pendant les longs mois d'attente – parfois jusqu'à un an et demi – ils se retrouvent au cœur d’un no man's land administratif. Trop mineurs pour être pris en charge par le 115, réservé aux adultes sans domicile. Pas assez pour bénéficier de la protection de l'aide sociale à l'enfance (ASE). Sans responsable légal, ils se heurtent aussi à des obstacles pour suivre des formations, engager une procédure d'asile, ou encore ouvrir un compte bancaire.

Le paradoxe est absurde : 61 % de ces jeunes finissent par être reconnus mineurs à l'issue de leur recours (3). À Rennes, selon les chiffres de l'association Utopia 56, ce taux grimpe même à 70 % (4).

« On se retrouve donc à faire du plaidoyer pour faire respecter la loi », s'insurge Damien Macquart, 34 ans, bénévole de l'association Le Préau 35 qui met en place des cours pour les jeunes exilés. Cet ingénieur pédagogique de profession, qui n'a quasiment pas dormi cette nuit-là, plaide pour une application de la « présomption de minorité ». En janvier 2025, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour absence de protection des mineurs non accompagnés.

La rue comme seul horizon

Faute de prise en charge institutionnelle, ce sont alors des citoyens ordinaires qui tentent de colmater les brèches d’un système qui les abandonne. Damien Macquart estime que 95 % des jeunes qu'il accompagne dorment dehors le reste de l'année. Hilaire se souvient de ses journées interminables, lorsqu'il était hébergé dans un gymnase, contraint de quitter les lieux de 7 heures à 20 heures : « Je faisais des allers-retours en métro toute la journée. »

C'est une course contre la montre, car il faut entre 24 et 48 h pour que les jeunes filles isolées soient approchées par des réseaux de traite humaine.

F. Touchard

Livrés à eux-mêmes, ces adolescents deviennent des proies faciles pour les réseaux de prostitution, de trafic de drogue ou d'exploitation. La situation est particulièrement préoccupante pour les jeunes filles. Leur nombre, dans la capitale bretonne, est passé de cinq à une vingtaine rencontrées cette année. « C'est une course contre la montre, car il faut entre 24 et 48 heures pour qu'elles soient approchées par des réseaux de traite humaine », prévient Fabien Touchard, coordinateur de l’antenne locale d'Utopia 56.

Face à la carence institutionnelle, l'association Le Préau 35 a dû élargir considérablement son action : mobilisations, accompagnement dans les démarches administratives, recherche de solutions d'hébergement. Aujourd'hui, environ six bénévoles accompagnent une soixantaine de jeunes. « Nous ne touchons aucune subvention. Mais on se sent concernés, et inquiets », explique Maïlys Loffet, 26 ans, qui prépare le concours de professeur des écoles en candidate libre.

Damien Macquart a même accueilli chez lui un jeune Angolais, lui trouvant un apprentissage au prix d'un « parcours du combattant ». Présent sur tous les fronts, il répertorie les données des jeunes sur un tableau Excel, négocie avec les autorités, coordonne des actions avec les autres associations. « Ma vie personnelle en pâtit », reconnaît-il.

« On veut juste aller à l'école »

La veille, dans la salle de classe, Miguel confiait son rêve de devenir « soudeur sous-marin ». Un métier qu’il a découvert sur TikTok. Avec ses camarades, il a créé le Collectif des mineurs isolés en danger 35. Ce qu’ils demandent ? Un hébergement pérenne, un accès à l'éducation, une protection pendant la durée du recours. « On veut juste aller à l'école. »

La semaine passée, après avoir dormi une nuit devant l'Hôtel du département, le Collectif a pu échanger avec

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Société
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