Nathalie Quintane : Un pavé pour y voir plus clair

Dans Un œil en moins, Nathalie Quintane fait le récit offensif et drolatique d’un an de mobilisations à travers une narratrice activiste.

B ergen, Berlin, Rio, Paris – et la province française. Des gens s’assemblent, discutent, écrivent sur des murs, certains tapent dans des vitrines. En échange, on leur tape dessus, on les convoque au tribunal et, à l’occasion, on leur ôte un œil. C’est la vie démocratique. Alors, je me suis dit : Tiens, et si, pour une fois, je sortais un pavé ? » Tel est le texte de quatrième de couverture du nouveau livre de Nathalie Quintane. Il en donne une idée exacte : politique, ironique et… inhabituellement épais. Pourtant, ces quelques lignes ne disent pas ce qu’est Un œil en moins. Il en faudrait davantage. Est-ce un journal des luttes auxquelles a participé la narratrice (alter ego de l’auteure) entre le printemps 2016 et l’élection présidentielle de l’année suivante ? Un regard aiguisé incluant humour et autodérision sur les différents types de mobilisation ? Ou une charge intransigeante contre tous les modes de domination, et notamment la violence d’État ?

C’est tout cela à la fois : un pavé dans la mare et un pavé dans la gueule. Plus offensif qu’autodestructeur, tout de même. L’auteure de Tomates (POL, 2010) conçoit la littérature comme devant avoir une utilité politique directe. La forme participe de celle-ci, qui est, dans Un œil en moins, proche de l’oralité. L’écriture a l’apparence du fil de la plume, mais aiguisée. Nathalie Quintane parle en outre de « l’un des vecteurs de sensibilisation au présent, soit la littérature, et une poésie qui ne consiste pas à raconter des histoires ». Elle pratique cette prose-là. Plus encore : dans Ultra-Proust (1), un essai paru très récemment, où elle rend à l’auteur de la Recherche, ainsi qu’à Baudelaire et à Nerval, la charge décapante que des lectures anesthésiantes leur ont enlevée, Nathalie Quintane prône « l’infaisable » : « Parlant d’infaisable, je ne pense pas par là à des sorties qui ne seraient qu’esthétiques, mais à des actes simples et symboliques forts, […] des actes et des dates à transmettre, […] à se dire, à écrire et à dessiner, comme les révolutionnaires peignirent des assiettes, encore visibles aujourd’hui au musée Carnavalet. »

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