Dossier : Turquie : La démocratie étranglée

Turquie : Des femmes plus mobilisées que jamais

Les Turques, particulièrement exposées à la violence dans le cercle familial, se battent contre la restriction croissante de leurs droits et l’instrumentalisation de la morale religieuse contre elles.

C ’est comme d’être devant un mur d’escalade : pour avancer, il faut avoir des prises, résume Melek en accrochant ses doigts dans le vide. Surtout lorsqu’on est une femme… » La jeune militante présente la séance du jour, organisée par le Forum des femmes de Yogurtçu, dans le quartier de Kadiköy, et s’apprête à dresser le portrait de Simone de Beauvoir : « J’ai lancé cette idée parce que je crois qu’il est important pour nous d’avoir des figures féminines auxquelles nous pourrions nous identifier, poursuit Melek. C’est une manière de se réapproprier l’histoire au travers des femmes qui étaient là avant nous et peuvent nous inspirer, nous donner de l’énergie et nous aider à avancer. »

Engagées depuis les révoltes de Gezi, en 2013, les discussions n’ont jamais cessé au sein de ce collectif autogéré ouvert à toutes (femmes et transsexuelles), qui organise chaque semaine des ateliers et des manifestations autour des inégalités de genre et de la culture féministe. « Il s’agit aussi d’un espace de solidarité et d’échanges qui vise à approfondir notre réflexion et nos pratiques », précise Pelin, l’une des plus anciennes militantes du forum. « Marxisme revisité par les femmes », « place des femmes dans le cinéma », ou « comment intégrer la notion d’intersectionnalité » dans le groupe, les femmes du forum parlent de tout et collaborent avec d’autres associations dans le pays qui, comme elles, s’organisent et participent à la lutte féministe. Un mouvement puissant et solide dans la Turquie d’Erdogan.

« Dès le printemps 2015, le gouvernement a adopté une série de mesures sécuritaires, sous couvert d’antiterrorisme, qui ont donné de larges compétences aux forces de l’ordre, relate Aysen Uysal, professeure de sciences politiques à l’université Dokuz Eylül à Izmir, et suspendue il y a un an pour avoir signé la pétition des Universitaires pour la paix (1). Les élections législatives de 2015, la reprise du conflit armé avec le PKK et la tentative du coup d’État en juillet 2016 ont plongé le pays dans un grand silence. Tout le monde avait peur. »

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