« Un couteau dans le cœur » : Un cinéma nommé désir

Dans Un couteau dans le cœur, Yann Gonzalez met en scène avec brio une Vanessa Paradis sans filet, en productrice de pornos gays en proie à des assassinats et à un amour désespéré.

Même s’il est reparti bredouille de la Croisette – les palmarès cannois ne sont généralement pas accueillants pour ce type de film –, Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, avait toute sa place en compétition lors du dernier festival. Pourquoi n’y en aurait-il que pour le réalisme et le naturalisme, y compris les plus pesants, alors que les formes stylisées, puisant aux sources de plusieurs genres, affirmant en l’occurrence une esthétique queer flamboyante, en seraient exclues par nature, reléguées au rang de « curiosités », forcément hors compétition ? De surcroît, des deux cinéastes représentant la nouvelle génération dans la sélection française en compétition, c’est Yann Gonzalez – et de très loin – qui a montré le plus d’audace et le plus d’exigence dans les moyens esthétiques mis en œuvre.

Un couteau dans le cœur est son second long-métrage après Les Rencontres d’après minuit, avec lequel il s’était fait remarquer, imprimant d’emblée une atmosphère et déployant un lyrisme singulier. Le goût du cinéaste pour des histoires à ­plusieurs personnages était aussi déjà notable. Un ou deux d’entre eux peuvent se détacher, mais ceux qu’on appelle les « seconds rôles » ne sont en rien négligés.

Un couteau dans le cœur est forcément une histoire collective, puisque les protagonistes y font du cinéma. Un cinéma hors de la norme sociale : il s’agit de pornos gays, réalisés par une petite société de production dirigée d’une main ferme par une femme, Anne (Vanessa Paradis). L’action se déroule à Paris en 1979, avant l’apparition du sida et ses cohortes de morts. Même s’ils sont sans moyens, les films produits par Anne, des pornos « artisanaux », respirent l’insouciance du sexe libre et la légèreté des histoires écrites avant tout pour susciter le désir. Archibald (Nicolas Maury) est le bras droit de la productrice, metteur en scène et acteur désinhibé, aussi folle que sensible. Les comédiens se donnent autant qu’ils peuvent (en dépit de cachets peu élevés, dont ils se plaignent), leurs défaillances n’étant que passagères grâce à Bouche d’or (Pierre Pirol), jamais loin du plateau et dépanneur orfèvre en matière d’érections, toujours prêt à faire en sorte que l’action puisse être relancée…

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