Affaire Benalla : un scandale signé Jupiter

L'irruption tardive et impromptue de Macron dans l'affaire Benalla pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses.

Un jeune homme au sol, étendu sur les pavés de la place de la Contrescarpe, à Paris. Un autre, casque à visière sur la tête, lui assène un violent coup de pied au thorax. La scène, filmée, vue plus de 120 000 fois sur Internet, aurait pu rester un triste et désormais si courant exemple de violence policière. Mais le sort en a voulu autrement. Car ces images, tournées le 1er mai, à l’occasion d’un « apéro militant » d’une centaine de personnes, montrent tout autre chose. Le 18 juillet, Le Monde révèle que l’agresseur – comment le qualifier autrement ? – n’est pas un policier en civil, c’est Alexandre Benalla, chargé de mission à l’Élysée, un membre du premier cercle d’Emmanuel Macron. Un jeune homme de 26 ans, chargé d’assurer la sécurité de plusieurs personnalités politiques depuis 2011 et celle du président de la République depuis son entrée en campagne. Ces agissements, commis avec un employé de La République en marche, Vincent Crase, lui ont valu d’être mis en examen pour de graves chefs d’accusation, dont ceux de « violence en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail » et d’« immixtion dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l’autorité publique ». La justice tranchera le sort de cet homme qui assurait la sécurité du chef de l’État. L’affaire a surtout pris une tournure politique proche du séisme.

Car c’est dès le 2 mai que l’Élysée a appris l’existence de ces violences. Mais n’a rien fait, ou si peu. À la presse, Patrick Strzoda, directeur du cabinet, assure avoir contacté immédiatement le Président, alors en voyage en Australie. « Si les faits sont avérés, il faut prendre des sanctions », se serait-il entendu répondre. Quelles sanctions ? Benalla a été suspendu pour deux semaines – du 4 au 19 mai. « La sanction la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Élysée », a plaidé, sans convaincre personne, Bruno Roger-Petit, porte-parole du Palais, au lendemain des révélations du Monde, soit trois mois après les faits.

Qu’a fait Benalla entre le 2 mai et le 18 juillet ? Rien, dit l’Élysée, qui prétend l’avoir relégué à un poste administratif, en charge des événements se déroulant dans le palais présidentiel. Mensonge immédiatement éclatant, puisqu’on le voit sur des images prises lors de l’hommage rendu à Simone Veil au Panthéon (1er juillet), à proximité de la tribune des invités du défilé du 14 Juillet, dans le bus des Bleus victorieux sur les Champs-Élysées (16 juillet) ! Le 9 juillet, Benalla se voit même offrir un logement de fonction dans une dépendance de l’Élysée, quai Branly. Belle pénitence ! Quant à une saisine du procureur de la République, que l’article 40 du code pénal impose à « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit […]de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs », n’y pensez même pas – personne à l’Élysée n’y a songé.

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