Chlordécone : Du secret d’État au scandale d’État

Massivement utilisé dans les bananeraies, le chlordécone a contaminé le sous-sol et la quasi-totalité des Antillais.

I l y a dix-sept ans, des amis bretons m’ont averti que deux tonnes de patates douces venant de Martinique étaient arrivées au port de Dunkerque. Les douanes ont aussitôt décidé de les brûler car elles contenaient du chlordécone, un produit banni depuis une dizaine d’années… »

C’est ainsi qu’Harry Durimel, avocat en Guadeloupe et militant écologiste, a découvert que cet insecticide de la famille des organochlorés coulait encore dans les sols, l’eau et la nourriture des Antillais. Traditionnellement utilisé pour se débarrasser du charançon des bananiers, le chlordécone a été mis au point aux États-Unis dans les années 1950 puis commercialisé en 1966, d’abord sous le nom de Kepone, puis de Curlone. Dix ans plus tard, il est interdit dans son pays natal après le scandale de l’usine Hopewell : les ouvriers contaminés ont révélé des troubles neurologiques et de la fertilité.

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Le lobby des familles békés régissant les plantations de bananes obtient plusieurs sursis à ce produit toxique : interdit en France en 1990, il reste autorisé pour les Antilles jusqu’en 1993. Pourtant, une mission de l’Inra menée en 1975 démontrait une contamination nette de la faune et de la flore en Guadeloupe (1). Dans la foulée, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) le classe comme agent possiblement cancérogène. Les études scientifiques, les rapports parlementaires, les alertes se multiplient mais l’État s’enterre dans son silence. « La contamination des Antilles françaises pour sept cents ans n’est pas une crise sanitaire de plus après le sang contaminé, la vache folle ou même l’amiante ; c’est la conséquence presque logique de l’économie de plantation », dénonce l’historien Jean-Baptiste Fressoz (2). En 2013, une recherche visant à étudier les liens entre le chlordécone et le cancer de la prostate est arrêtée par l’Institut national du cancer (INCa), dirigé à l’époque par… Agnès Buzyn, l’actuelle ministre de la Santé.

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