Chlordécone : « Les autorités savaient »

Philippe Verdol dénonce le scandale de ce pesticide, dont la toxicité est connue depuis quarante ans. Grâce à la tenacité d’associations antillaises, la justice est à nouveau saisie.

Entre 1972 et 1993, le chlordécone a été utilisé en Guadeloupe et en Martinique dans l’agriculture, notamment contre le charançon sur les bananiers. Cet insecticide, perturbateur endocrinien neurotoxique et provoquant la stérilité masculine, a été reconnu comme cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé. En 2013, des médecins guadeloupéens, ne pouvant plus rester indifférents face au drame sanitaire de l’île, contactent Philippe Verdol et son épouse, déjà très engagés contre ce pesticide. Ils créent alors l’association EnVie-Santé et obtiennent une première victoire quelques mois plus tard : l’interdiction de l’épandage aérien de pesticides agricoles outre-mer, mais aussi en métropole. Aujourd’hui, ils portent le combat contre cette pollution invisible qui peut contaminer le sous-sol de leur île pendant des siècles.

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Le chlordécone était-il un produit couramment utilisé par les agriculteurs ?

Philippe Verdol : Tout le monde était convaincu que c’était sans danger et bon pour l’agriculture. Des ouvriers agricoles mélangeaient le chlordécone en poudre et l’eau directement avec leurs mains… Une publicité vantait ses mérites : un produit très efficace et rentable, car on ne l’appliquait que tous les dix-huit mois. Il était vendu en petits sachets dans les magasins de bricolage, c’était une offre grand public.

Au départ, l’insecticide permettait de lutter contre le charançon du bananier, mais il y a eu des usages détournés. Une étudiante m’a raconté qu’elle hésitait à reprendre l’exploitation familiale de canne à sucre à Marie-Galante, car son père lui a révélé avoir utilisé du chlordécone. Des agriculteurs m’ont confié l’avoir utilisé sur des cultures maraîchères, de melon, de concombre, d’arbres fruitiers…

Cet insecticide contamine-t-il seulement les sols et l’eau, ou également les bananes ?

Certains assurent que ça ne monte pas dans les fruits, mais je refuse d’être aussi catégorique. En 2006, l’Inra a mesuré des doses de chlordécone dans des bananes et des pamplemousses, et en a détecté dans certains arbres fruitiers, mais sans pouvoir le mesurer précisément. Concernant les bananes, les chercheurs indiquaient avoir trouvé 17 µg de chlordécone par kilo de matière fraîche. La tolérance de précaution pour les fruits et légumes d’agriculture tempérée en Europe était fixée à 10 µg. Au-delà, les produits étaient considérés comme dangereux pour le consommateur européen. Le lobby de la banane a donc fait pression sur les autorités françaises, qui ont elles-mêmes fait pression sur les autorités européennes, qui établissaient les limites maximales de résidus (LMR) pour le chlordécone en 2008. Ainsi, pour les fruits et légumes tropicaux, la limite est passée de 10 à 20 µg.

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