La ZAD, suite !

Apaisement trompeur dans le bocage après la validation de quinze projets agricoles, car tout risque d’être balayé en octobre. Une grande mobilisation s’organise pour fin septembre.

Journée torride à Notre-Dame-des-Landes. Sur la ZAD, on met les bouchées doubles pour tenter de rattraper le temps perdu au printemps, quand les affrontements ont suspendu les travaux des champs. Au Rosier s’active une petite moissonneuse-batteuse. Pois fourrager, triticale, féverole, avoine : un bon mélange céréales-légumineuses pour les bêtes de la ZAD, vaches, brebis, volailles. « Cinq tonnes, c’est moyen. Mais on se moque des records », commente Vincent.

L’activité a décroché une convention d’occupation précaire (COP) : elle fait partie des quinze projets agricoles jugés recevables par la préfecture de la Loire-Atlantique sur les quarante dossiers déposés fin avril. Les parcelles du Rosier ne font l’objet d’aucun conflit d’usage. Et les gendarmes ont déserté les lieux, tout juste passent-ils quotidiennement vérifier que la fameuse « route des chicanes », qui traverse la ZAD, a cessé de subir des dégradations. Il ne reste plus de traces, ou presque, des impressionnantes barricades érigées lors des affrontements d’avril et de mai derniers. Les dégâts semblent avoir été digérés par le bocage, rendu à sa quiétude naturelle. On a même retrouvé les gens des « 100 Noms », dispersés en avril après la destruction de leur site, qui avait scandalisé la France militante. Le groupe, une demi-douzaine de personnes, s’est reconstitué et se remet lentement, squattant pour le moment au Limimbout une maison expropriée de la ZAD.

« Voilà le tableau apaisé qui transparaît, donnant à l’extérieur le sentiment que tout est réglé. Mais c’est une illusion ! », alerte Mika, meunier et boulanger à Saint-Jean-du-Tertre, pôle de vie proche du Rosier. « En fait, on est comme des cons, lâche Vincent. Car nos COP ne courent que jusqu’à fin décembre. Dès octobre, les cartes seront rebattues. »

Ces « cumulards__ qui veulent le beurre et l’argent du beurre »

À cette date se réunira le comité de pilotage mis en place par la préfecture pour régler définitivement le sort de la ZAD. Et les autorités restent inflexibles : les terres doivent retourner à l’agriculture. Le devenir des activités ­culturelles (bibliothèque, centre d’accueil, etc.) est donc plus qu’incertain. Quid des projets agricoles recalés au printemps ? Et ceux qui bénéficient d’une COP ne sont guère plus rassurés : ils redoutent d’être concurrencés par des agriculteurs conventionnels, selon des critères classiques qui leur sont défavorables – ratios économiques, parcours professionnel, capacité d’investissement, etc.

Pour Mika et Willem, à Saint-Jean-du-Tertre, la situation s’est même fortement tendue depuis l’obtention de leur COP. Trente vaches laitières, une boulange qui ronronne, « on se voyait bons élèves… » Oui mais voilà, l’ancien fermier est de retour, dix ans après. Un de ces « cumulards », comme dénommés sur place, « qui veulent le beurre et l’argent du beurre » : après avoir perçu une indemnité quand le propriétaire des terres a été exproprié en prévision de l’aéroport, ils ont obtenu en compensation des baux agricoles sur d’autres parcelles. Et sont aujourd’hui légalement prioritaires pour revenir travailler sur leurs anciennes terres. « Grâce à notre lutte, ils tireraient les marrons du feu sans avoir levé le petit doigt ! » s’échauffe Mika. D’autant plus que la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), chargée de gérer le conflit, s’est contentée de leur suggérer de « ne pas être trop gourmands » et d’abandonner au fermier la moitié des 30 hectares que pâturent les vaches de Willem. « Autant nous saborder ! Il nous en faudrait 30 de plus, pour les céréales notamment, afin d’atteindre le seuil de rentabilité demandé… par la DDTM. Alors que le fermier, en face, exploite aujourd’hui 300 hectares. On demande que soit rendu public le taux d’agrandissement des exploitants compensés à la suite des expropriations. En vain jusqu’à présent. »

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