Privé ou public : une lutte des classes

À l’entrée au collège, les familles favorisées sont de plus en plus tentées par le privé, au nom de la réussite individuelle. Des parents se mobilisent contre cette forme de ségrégation.

Réforme du collège et des rythmes scolaires, classes surchargées, enseignants en sous-effectif, grèves… Craintes de problèmes de sécurité, d’encadrement, de niveau… Quelles qu’en soient les causes, l’érosion de l’école publique se poursuit. En élémentaire, un élève sur six est scolarisé dans le privé ; dans le secondaire, un sur cinq. Ce qui situe la France parmi les pays européens où l’enseignement privé est le plus présent.

Qui dit privé sous contrat dit enseignement catholique pour l’immense majorité. Le privé hors contrat, quant à lui, se développe au rythme de quelques dizaines d’établissements par an, sur un millier existant, avec parfois une étiquette « pédagogies alternatives » qui séduit de plus en plus de déçus de l’école classique, dont certains enseignants du public eux-mêmes. Choix individuel contre choix collectif, réussite personnelle contre défense de la mixité, conflits de valeurs : l’inscription en sixième est source de tensions révélatrices d’enjeux politiques et sociétaux, a fortiori dans des villes de banlieue en pleine gentrification.

Entre Parcoursup et l’alerte sur la baisse des effectifs enseignants, la rentrée 2018 va-t-elle renforcer la tendance ? Les meilleurs lycées raflant le maximum de réponses favorables à l’inscription à l’université, bon nombre de parents pourraient être tentés d’anticiper en inscrivant leur enfant dans le collège antichambre du lycée le mieux coté. Qui n’est pas forcément le collège de secteur. « Dans une société qui mise toujours plus sur la réussite individuelle depuis une dizaine d’années, ce ne sont plus la mixité sociale et la laïcité qui prévalent », analyse Rémy-Charles Sirvent, secrétaire national chargé du secteur « société, laïcité » au syndicat enseignant SE-Unsa.

Seuls 10 % des parents choisiraient le privé pour des raisons religieuses. Les motivations qui arrivent en tête seraient la ­proximité, quand le collège privé est plus proche du domicile. Mais surtout le « niveau » et la promesse d’une « autre pédagogie », alternative ou traditionnelle. Sauf qu’aucune étude ne prouve que le niveau est réellement meilleur dans le privé. La plus-value apportée serait nulle, d’après une étude de décembre 2017 intitulée « Qui choisit le privé et pour quels résultats scolaires (1) ? ». « Il apparaît qu’en moyenne, et toutes choses égales par ailleurs, les résultats scolaires en CE2 ainsi que la probabilité de redoubler le CP ou le CE1 ne diffèrent pas significativement entre public et privé sous contrat. » En 2011, l’OCDE avait même publié une étude démontrant que les écoles privées étaient moins performantes, à situation sociale égale, que le public…

Quoi qu’il en soit, l’étude de 2017 établit qu’une « comparaison directe des résultats entre les deux secteurs n’est pas pertinente, car leurs élèves n’ont pas les mêmes caractéristiques ». Comprendre : si les élèves du privé ont de meilleurs résultats, c’est qu’ils appartiennent massivement aux classes sociales aisées et supérieures. De fait, la proportion d’élèves d’origine aisée est nettement plus forte dans les collèges privés que dans ceux du public (35,8 % contre 19,3 %). Inversement, les enfants d’origine populaire sont deux fois plus présents dans les collèges publics que dans le secteur privé (41 % contre 19,5 %).

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