« De chaque instant », de Nicolas Philibert : « C’est l’altérité qui nous fait penser »

En filmant des élèves infirmières, Nicolas Philibert montre leur engagement remarquable pour affronter les difficultés qu’elles rencontrent en même temps qu’il parle de l’hôpital et, plus largement, de notre époque.

Christophe Kantcheff  • 28 août 2018 abonné·es
« De chaque instant », de Nicolas Philibert : « C’est l’altérité qui nous fait penser »
photo : Une diversité de profils mais un même désir d’être utile.
© Nicolas Philibert

Après son exploration de la Maison de la radio en 2013, Nicolas Philibert poursuit son travail de documentariste sur les groupes, les entités collectives, piliers de notre société. Et combien sont-elles importantes, les infirmières, dans la politique de santé et la qualité du soin ! Nombreux sont ceux qui pensent, à raison, que leur profession n’est pas reconnue comme elle devrait l’être. Les spectateurs de De chaque instant seront confortés dans cette idée. Et même davantage, puisque Nicolas Philibert a décidé de filmer les moins aguerries, donc les plus fragiles d’entre elles : les élèves infirmières (comprenant aussi des hommes, bien sûr), qui ont tout à apprendre et sont rapidement envoyées en stage à l’hôpital.

Comme toujours avec ce qui relève de l’apprentissage, ainsi que le cinéaste l’a déjà montré avec Le Pays des sourds et Être et avoir, De chaque instant opère une déconstruction des évidences. Se laver les mains, un jeu d’enfant ? C’est la première séquence du film, qui montre l’application requise pour ce simple geste. Séquence emblématique suivie d’une autre où les apprenties infirmières apprennent à déplacer des malades invalides en se servant du corps d’une autre élève. Pas si facile d’étreindre ainsi une camarade de classe… Bien sûr, les difficultés s’accentuent quand la technicité requise augmente (les piqûres…) et plus encore quand il s’agit de travailler sur de l’humain, avec de vrais malades.

De chaque instant est un film gigogne. Nicolas Philibert y dresse aussi le portrait d’une jeunesse en contradiction avec tous les discours qui la voudraient au mieux indolente. Dans la dernière partie du film, où les élèves font le bilan de leurs stages, on voit que la plupart ont eu à affronter de grosses difficultés et à se confronter à la fin de vie. Leurs larmes sont pleines du

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Cinéma
Temps de lecture : 11 minutes