Finis ton assiette en plastique !
Au fil des ans, de la cuisine jusqu’à l’assiette, le plastique s’est imposé dans les cantines. Alors que les risques liés aux perturbateurs endocriniens sont mieux connus, des citoyens se mobilisent.
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© GEORGES GOBET/AFP
Enfant, on aime généralement jouer au chef étoilé en faisant mijoter du poulet en plastique dans un plat de même matière. L’imagination rejoint parfois la réalité puisque certains enfants retrouvent ce type de vaisselle chaque midi sur les tables de la cantine. Les couleurs souvent vives des gobelets égayent les salles ternes ; la légèreté des assiettes facilite le travail des agents et évite les troubles musculosquelettiques (TMS) ; parfois les récipients ne sont pas lavés mais directement jetés à la poubelle. Et le brouhaha légendaire des cantines est atténué. Le plastique est tellement omniprésent dans la vie quotidienne qu’il est devenu invisible. Tellement pratique qu’il semblait inoffensif.
À Bordeaux (Gironde), des parents se sont indignés du tout-plastique dans les cantines et la mairie a dû revoir sa copie. « J’ai vécu plusieurs années à Rome, une ville où il y a encore des cuisines dans les écoles, des cantinières, de la vaisselle normale et un repas végétarien par semaine, raconte Magali Della Sudda, du collectif local Cantine sans plastique. Quand je suis arrivée à Bordeaux en 2011, j’ai été surprise de voir des gobelets en plastique sur toutes les tables. Puis, l’année dernière, ma fille m’a appris que les assiettes aussi l’étaient désormais. » Cette mère, chercheuse au CNRS, savait que le plastique favorise la migration de molécules de synthèse – des perturbateurs endocriniens –, ingérées par les enfants. Or, parmi les familles bordelaises engagées dans cette lutte, plusieurs enfants ont développé des pathologies liées aux perturbateurs endocriniens.
Selon le professeur américain George Bittner, les résines Tritan présentes dans ce type d’assiette ont bien un effet œstrogénique sur le système hormonal des enfants. Plus de 95 % des 17 000 petits Bordelais scolarisés mangent à la cantine. « Même si les analyses effectuées se sont révélées bonnes, nous avons retiré la vaisselle en copolyester que nous avions mise dans 104 restaurants scolaires de la ville, en nous fondant sur le principe de précaution.