Hulot, l’échec de la voie solitaire

Le ministre démissionnaire aura mis seize mois à comprendre que, dans ce gouvernement, il était seul à défendre l’urgence à « changer de paradigme ». Et que le rapport de force jouait contre lui.

On se souvient d’une ancienne séquence d’« Ushuaïa », l’émission dont Nicolas Hulot était le producteur et le personnage central. Sur une plage malgache viennent d’éclore des centaines d’œufs de tortues vertes, et les adorables petites bestioles se précipitent vers la mer sous les piqués frénétiques des prédateurs ailés qui s’invitent au festin. Le nettoyage est radical, et c’est un Nicolas Hulot remué qui décide (il le dit) d’interférer sur la loi de la nature « pour en sauver au moins une », qu’il porte au creux de ses mains jusqu’aux premiers clapots supposés salvateurs. Las. À peine réalisé, son projet est ruiné par un bec impitoyable qui vient happer le bébé tortue. Regard fataliste de l’écologiste.

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Il y a beaucoup du ministre Hulot démissionnaire dans cette scène où l’animateur à la fois sympathique et seul se rend à l’évidence. Qui aura cru jusqu’au bout que sa bonne volonté est une force de la nature à elle seule. Une sincérité qui frise la naïveté, voire le péché d’hubris.

Les convictions écologistes de l’homme sont indiscutables. Et si sa conversion progressive a pu laisser un temps penser qu’il s’arrangeait à bon compte des ambiguïtés de sa position (« Ushuaïa » était financée par le chimiste Rhône-Poulenc, entre autres, et diffusée par TF1, groupe Bouygues), il n’a eu de cesse d’approfondir son analyse jusqu’à rejoindre, il y a peu, les analyses d’une gauche radicale sur le rôle prépondérant du système économique néolibéral et de ses grands acteurs dans la crise écologique. Une conscience de notre époque, mais dont la fin de parcours politique (la conclusion s’impose) résonne pourtant comme la répétition de la méthode solitaire de la plage malgache, sanctionnée par un échec très prévisible.

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Outrageusement persévérant

Et il y en a eu d’autres, du même tonneau. Après le Hulot télévisuel, celui de l’engagement public à travers la fondation qui portait son nom, couronné par l’immense succès d’estime que lui voue le public. Ses campagnes appelant les individus à « agir pour sauver la planète » recueillent des centaines de milliers de signatures. Au point que ce Nicolas aimé des Français envisage la politique, convenant des limites de l’action associative. Il tourne autour du pot pendant des années, redoutant d’inféoder sa sacro-sainte conscience aux ambitions d’une famille politique – droite ou gauche. Il croit la route ouverte lors de la primaire des écologistes en 2011, mais à sa grande surprise, il est devancé par Eva Joly, qui portera les couleurs vertes à la présidentielle de 2012 : il avait pensé en toute bonne foi que sa notoriété et sa droiture lui valait sésame politique. Cuisante déconvenue dont il tira à l’époque la conclusion qu’il n’était pas taillé pour ce genre de jeux.

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